Mi-septembre, c’est de Créteil, dans le Val-de-Marne, qu’est partie la mobilisation lycéenne. Puis c’est dans le département voisin de la Seine-Saint-Denis qu’elle a essaimé, avant de faire tache d’huile dans tout le pays et dans toutes les classes sociales. Les quartiers populaires, souvent oubliés des débats publics, ou réduits à leurs enjeux sécuritaires, ont réémergé à l’avant-scène, en poisson-pilote de la mobilisation, qui devait se poursuivre samedi 31 octobre.
Depuis plusieurs semaines, les « banlieues » n’ont cessé d’être au cœur de l’actualité. Le 17 octobre, lorsque la mobilisation, élargie à la « lutte contre la vie chère » et à une population plus importante, a viré dans plusieurs villes au chaos, leurs habitants ont été désignés pour leur rôle dans les dégradations et les pillages. Le 23 octobre, l’attentat raciste de Trappes commis par Kevin T., qui a expliqué avoir voulu « venger » les commerçants en s’attaquant à des « Africains » ou à des « musulmans », a fait d’eux des cibles.
Pour des jeunes rencontrés dans la banlieue parisienne, avoir 20 ans dans un quartier populaire aujourd’hui, c’est avoir peur. Peur d’être attaqués juste en raison de la couleur de leur peau, de leur origine, parce que certains les pensent musulmans, parce qu’ils portent des survêtements et des bonnets, parce qu’ils discutent au pied des immeubles HLM. Mais c’est aussi vouloir s’affirmer contre un « système de discriminations » dont ils ne veulent plus s’accommoder, dont ils ne veulent plus être les victimes. C’est aller battre le pavé, à Paris, pour la première fois.
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