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Affaire de la « sextape » : cinq ans de prison, dont trois ferme, requise en appel contre l’ancien maire de Saint-Etienne

Affaire de la « sextape » : cinq ans de prison, dont trois ferme, requise en appel contre l’ancien maire de Saint-Etienne

Cinq ans de prison, dont trois ferme, ont été requis vendredi 12 juin contre l’ex-maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau, jugé en appel à Lyon pour chantage à la sextape, une peine proche de celle prononcée en première instance. « Qu’avez-vous fait de vos valeurs, de votre honneur, de vos électeurs ? », a lancé l’avocat général, Olivier Nagabbo, avant de réclamer cette peine. C’est « inimaginable dans la quatorzième ville de France pour un maire qui se revendique d’un parti réputé et qui finit dans une telle dérive de la probité », a-t-il ajouté.

L’ancien édile de 53 ans, qui nie farouchement toute implication dans ce « kompromat sexuel » depuis sa révélation par Médiapart en 2022, a déjà passé deux mois derrière les barreaux cet hiver en exécution provisoire d’une peine de cinq ans, dont quatre ferme. Trois anciens membres de son entourage, également condamnés en décembre à de la prison ferme, ont reconnu leur culpabilité dans ce qu’ils appellent une « barbouzerie » organisée en 2015 pour museler le premier adjoint Gilles Artigues.

Les trois hommes admettent avoir recruté un prostitué pour le filmer avec Gilles Artigues avec une caméra cachée et assurent que Gaël Perdriau était le commanditaire du complot destiné à brimer les velléités d’indépendance de son premier adjoint. Deux ont fait appel mais seulement pour le quantum de leur peine qu’ils espèrent voir allégée.

L’avocat général a toutefois requis une peine comparable pour l’ancien adjoint à l’éducation et auteur du film, Samy Kefi-Jérôme (quatre ans de prison dont deux avec sursis), et plus lourde pour son ex-compagnon metteur en scène du piège Gilles Rossary-Lenglet (cinq ans dont trois ferme). Quant au quatrième homme, l’ancien directeur de cabinet du maire, Pierre Gauttieri, décrit par d’anciens collaborateurs comme une sorte de Raspoutine colérique et autoritaire, il n’avait pas fait appel de sa condamnation à deux ans de prison.

Tous « ont agi dans leurs seuls intérêts : Rossary-Lenglet pour l’argent, un emploi, le goût de l’intrigue et de l’influence (…), Kéfi-Jérôme pour son intérêt propre, Gauttieri par fidélité loyale au maire et Perdriau pour son seul intérêt, régner, il se fiche de ses électeurs », a estimé M. Nagabbo.

« Tout ça pour des conneries de politique »

Vendredi à la barre, Mireille Artigues, l’épouse de la victime, a raconté le calvaire de sa famille s’enfonçant dans « une nasse sombre » et « une dépression contagieuse » d’un mari et père de quatre enfants qui s’était enfermé dans le silence.

Gilles Artigues, sous le coup du chantage, a dû renoncer notamment à sa candidature à la députation puis au poste de premier adjoint, « tétanisé par la honte et la peur que la vidéo soit vue par son épouse et ses enfants », a lancé son avocate Florence Vincent. « Ces hommes sont dangereux et le plus dangereux, c’est Gaël Perdriau », a-t-elle tonné.

« Tout ça pour des conneries de politique, bordel ! », a explosé Mme Artigues en foudroyant du regard l’ancien maire. Tandis que leurs quatre enfants tenaient leur père par les épaules ou la main. Après avoir exprimé sa « compassion à l’égard de Gilles Artigues et sa famille », M. Perdriau a brièvement évoqué des viols subis dans son enfance.

Lors de son interrogatoire, il s’est surtout décrit comme une « victime collatérale » du complot ourdi, selon lui, par M. Gauttieri, mû par une « haine » recuite à l’égard de M. Artigues, M. Rossary-Lenglet, animé par l’appât du gain (40 000 euros) et M. Kéfy-Jérôme, qui réclamait l’investiture aux législatives de 2017 à la place de M. Artigues.

Ses avocats, qui vont plaider dans la soirée, auront la tâche compliquée par une conversation de 2018, dans laquelle il menace de diffuser la vidéo « par petits cercles ». « Une fois sur les réseaux, c’est plus du chantage (…) c’est une exécution », ajoutait Gaël Perdriau, sans savoir qu’il était enregistré par Gilles Artigues.

Pour s’expliquer, l’ancien maire assure que son directeur de cabinet lui avait parlé en 2016 d’« une vidéo » en compagnie d’un prostitué mais qu’il n’avait pas cherché à en savoir plus parce qu’il était « persuadé » qu’elle avait été « tournée entre adultes consentants ». Et il assure l’avoir citée sous le coup d’un accès de colère après un désaccord entre eux, et non pour le menacer.

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