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Affaire Lyhanna : la gendarmerie nationale reçoit quatre plaintes de mineurs par heure, selon son directeur général

Affaire Lyhanna : la gendarmerie nationale reçoit quatre plaintes de mineurs par heure, selon son directeur général

Près d’une semaine après que le corps de Lyhanna, collégienne de 11 ans, a été retrouvé dans le Gers, déclenchant nombre de réactions politiques, le directeur général de la gendarmerie nationale, Hubert Bonneau, était interrogé, mercredi 10 juin, sur Franceinfo. Invité à réagir aux critiques de la mère de Rosa, une fillette de 11 ans qui avait porté plainte en 2025 contre le suspect, Jérôme Barella, sans que ce dernier soit par la suite entendu par les enquêteurs de la gendarmerie, il a reconnu « un échec ».

« J’entends une maman qui est en colère contre le système et en particulier contre les gendarmes, a réagi M. Bonneau. Si ce qu’elle dit est vrai, qu’elle a été éconduite par les gendarmes, voire menacée avec un dépôt de plainte pour harcèlement contre la gendarmerie, c’est quelque chose d’inadmissible. » Et de poursuivre : « Cette affaire est un échec pour nous. (…) Pour moi, en première approche, ce n’est pas une affaire de moyens, c’est une affaire de traitement d’un dossier dans sa rapidité. »

« Trois cent soixante-cinq jours par an, chaque heure qui passe, nous recevons en gendarmerie quatre plaintes de mineurs », a-t-il, par ailleurs, fait savoir. Un chiffre qui a fortement grimpé ces dernières années, selon lui. En 2019, « nous avions pour l’ensemble de la gendarmerie, 28 000 plaintes annuelles pour des violences sexuelles et sexistes et des viols, 65 % concernant des mineurs. (…) En 2025, ce sont 50 000 plaintes. On a quasiment multiplié par deux les plaintes pour violences sexuelles et sexistes et pour viols depuis 2019 ».

Bien que les effectifs de la gendarmerie nationale aient augmenté ces dernières années, avec « plus de 4 000 effectifs » supplémentaires, Hubert Bonneau a reconnu qu’il existait « un sujet majeur d’organisation » et « d’adaptation de nos services ».

Plainte contre Gérald Darmanin

Le directeur général de la gendarmerie nationale a, en outre, rappelé qu’une enquête administrative avait été ouverte, mercredi 3 juin, pour faire toute la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements dans le traitement de la plainte de Rosa pour viols sur mineure de moins de 15 ans. Celle-ci a été confiée à l’inspection générale de la justice et à l’inspection générale de la gendarmerie nationale, comme l’avait annoncé le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez.

En parallèle, la mère de Rosa, 10 ans au moment de la plainte, et son avocat, Pierre Debuisson, ont annoncé mardi leur intention de porter plainte « devant le tribunal judiciaire pour faute lourde » de l’Etat, déposer dans le même temps « une plainte au pénal » contre les enquêteurs et les procureurs concernés et entamer, enfin, une procédure contre le ministre de la justice, Gérald Darmanin, devant la Cour de justice de la République.

Sur Public Sénat, mercredi, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a défendu l’action de M. Darmamin dans l’affaire Lyhanna, jugeant que sa démission « ne changerait pas les erreurs » commises. « En quoi la démission de Gérald Darmanin changerait profondément et concrètement les erreurs, les fautes, les problèmes auxquels nous sommes confrontés lorsque nous parlons de cette affaire ? », a-t-elle interrogé.

« Je trouve qu’il s’exprime avec beaucoup de courage et beaucoup de sincérité (…) Qu’un ministre présente ses excuses au nom de l’institution qu’il représente alors même qu’il n’a pas le pouvoir d’interférer dans des affaires individuelles, c’est extrêmement rare », a-t-elle jugé. « La responsabilité de l’ensemble du gouvernement, c’est de tirer les bonnes conclusions, celles qui feront avancer le système dans le bon sens », une fois que les premières conclusions des enquêtes administratives diligentées dans l’affaire Lyhanna seront connues le 19 juin, a-t-elle insisté.

Le rôle de l’école en question

De son côté, le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, a annoncé mercredi qu’il avait réuni lundi les recteurs des académies pour leur rappeler l’importance de diffuser « systématiquement » le guide de signalement des faits à caractère sexuel, publié en mars, dans les établissements scolaires. Celui-ci est un « protocole d’action » sous la forme d’un « guide » permettant aux « personnels [de] faire les signalements de manière homogène et standardisée », a-t-il expliqué.

Le ministre, qui a affirmé que l’éducation nationale effectuait 80 000 signalements par an à la justice, « toutes causes confondues », a, par ailleurs,dit attendre « avec une certaine impatience » la constitution d’une « liste noire » des personnels interdits dans les établissements scolaires pour avoir eu des comportements déplacés avec des mineurs. Cette liste noire, qui devrait figurer dans le projet de loi sur la protection de l’enfance, empêchera toute forme de réemploi au sein de l’école des personnes révoquées de l’éducation nationale en raison de leur comportement déplacé avec des mineurs. Elle consiste, selon le ministre, à « faire de l’école un sanctuaire » et « faire en sorte qu’on n’attende pas la condamnation pénale pour empêcher quelqu’un de revenir chez nous ».

Concernant l’affaire Lyhanna, Edouard Geffray a assuré ne disposer d’aucun élément à ce stade « qui irait dans le sens d’une défaillance » de l’éducation nationale, mais qu’il souhaitait « tout décortiquer ». « Il faut qu’on sache tout ce qui s’est passé », a-t-il déclaré. Il a toutefois confirmé qu’il y a cinq ans un signalement visant le suspect, Jérôme Barella, avait « été émis par une proviseure, alors qu’il était agent de la région, parce qu’il avait une relation par SMS avec une élève » et qu’il avait été « immédiatement suspendu et licencié ».

A sa connaissance, les services de l’éducation nationale n’avaient alors pas alerté la gendarmerie nationale, « mais c’est une partie des choses qu’il faut vérifier, y compris parce qu’à l’époque ils n’ont probablement pas considéré qu’une relation par SMS (…) relev[ait] du champ pénal ».

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