Affaire Robert Boulin : trois juges d’instruction du pôle « cold cases » de Nanterre ont été désignés
Quarante-sept ans après la mort non élucidée de Robert Boulin, les investigations reprennent. Lundi 29 juin, la présidence du tribunal judiciaire de Nanterre a annoncé avoir désigné trois juges d’instruction de son pôle « cold cases » pour enquêter sur la disparition de cet ancien ministre du travail dans le gouvernement de Raymond Barre, retrouvé sans vie le 30 octobre 1979, dans un étang de Rambouillet (Yvelines).
Ces magistrats « vont désormais pouvoir reprendre l’instruction de cette affaire » et « poursuivre de nouvelles investigations sans délai », a fait savoir la présidence du tribunal judiciaire dans un communiqué. Le dossier était initialement instruit à Versailles, jusqu’à ce qu’une ordonnance de dessaisissement soit rendue le 28 avril, au profit du pôle des crimes sériels et non élucidés (PCSNE), dit pôle « cold cases ».
Vendredi 26 juin, le parquet de Nanterre avait ensuite saisi la présidence du tribunal pour requérir la désignation d’un juge d’instruction du PCSNE dans l’information judiciaire pour arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie de mort, et assassinat de Robert Boulin. Ce seront finalement trois juges d’instruction qui plancheront sur la réouverture de cette enquête.
La thèse d’un « assassinat politique »
Robert Boulin, gaulliste historique perçu comme un potentiel premier ministre désireux d’incarner, selon sa fille, Fabienne Boulin-Burgeat, « une troisième voie contre l’ultracapitalisme », avait 59 ans à sa mort. Si la justice avait conclu à un suicide, sa famille privilégie la thèse de « l’assassinat politique », dans un contexte marqué, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, par la mort de trois ministres.
Lors d’une conférence de presse en avril, Fabienne Boulin-Burgeat avait dénoncé une « catastrophe judiciaire » aux allures de « vrai polar », dénonçant plusieurs manquements lors de l’enquête. Me Didier Seban, qui représente la famille de Robert Boulin, avait réclamé une nouvelle autopsie, convaincu que la recherche de microalgues dans les ossements pourrait prouver l’absence de noyade pour cet homme retrouvé le visage « totalement ensanglanté ».
« Quand il s’agit d’un cold case ou d’un dossier ancien comme celui-ci, l’urgence reste d’autant plus importante à traiter le dossier car les témoins disparaissent », avait également commenté Didier Seban. Disant espérer « que le dossier arrivera vite au pôle où il sera traité par des juges engagés et motivés », il avait ajouté : « C’était une nouvelle très attendue, une vraie satisfaction et un vrai espoir pour ce dossier qui a marqué l’histoire de la Ve République. »