Après l’incendie de la mairie de Limoges, la défense des deux suspects dénonce un « dossier assez vide » et « des pressions politiques » lors d’une audience perturbée
A l’intérieur comme à l’extérieur de la cour d’appel limougeaude, mardi 3 novembre, l’ambiance était électrique au moment d’examiner les recours des deux personnes mises en examen dans l’enquête sur l’incendie criminel de la mairie de Limoges, qui a eu lieu le 17 octobre.
Soutenus par une quarantaine de sympathisants, les deux suspects, âgés de 34 et 66 ans, ont sollicité l’annulation de leur mise en examen, ainsi que la levée de leur détention provisoire, faute selon eux d’« indices » suffisants dans cette affaire devenue l’un des symboles des violences survenues ce jour-là dans toute la France. La décision est attendue pour jeudi.
« On a un dossier qui est assez vide », a affirmé Henri Braun, l’un des avocats du trentenaire, ce dernier étant présenté par le parquet comme le « meneur le plus actif et acharné » des émeutiers, mis en examen pour tentative d’homicide sur policier et destruction de la mairie.
« On a expliqué lors de l’audience que les preuves consistaient principalement en une vidéo qui ne permettait absolument pas de le reconnaître », a-t-il fait valoir. « Il y a eu une pression du public, une pression des médias, une pression du pouvoir exécutif pour arriver à des qualifications juridiques aussi délirantes que la tentative de meurtre. »
Des sympathisants présents
L’hôtel de ville de Limoges, inauguré en 1883, a perdu sa toiture et son beffroi, qui se sont effondrés lors d’un incendie provoqué par des manifestants radicaux lors d’une intrusion en marge de la mobilisation nationale du 17 octobre.
D’emblée, le maire, Guillaume Guérin (Les Républicains), a mis en cause « l’ultragauche anarchiste », « celle qui vit pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches », territoire rural d’environ 10 000 habitants, partagé par la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne.
Le 20 octobre, le suspect de 34 ans, décrit par ses proches comme intérimaire dans le bâtiment et défenseur de l’environnement, a été interpellé en Haute-Vienne, avant l’arrestation du sexagénaire, le 22 octobre, dans la Creuse.
« L’incendiaire, c’est le gouvernement, nous sommes tous des camps d’entraînement », pouvait-on lire sur une banderole déployée mardi matin devant la cour d’appel, sécurisée par un important dispositif policier, alors que les deux mis en examen ont été longuement applaudis à leur arrivée sous escorte.
De nombreux journalistes, certains étrangers, étaient présents, et des tensions ont éclaté avant l’audience en raison du refus de certaines personnes dans l’assistance d’être filmées.
« La victime, ce sont des murs »
Déjà peu loquace en garde à vue, le trentenaire a déclaré mardi n’avoir « rien à dire », se bornant à solliciter sa remise en liberté. « Il est tout sauf bête, il sait bien qu’il va devoir s’exprimer, il veut se défendre », a assuré Guillaume Laverdure, son autre avocat.
Rejetant le terme de « bouc émissaire », la procureure a requis son maintien en détention. « Il se débarrasse aussitôt de son téléphone » quand les policiers s’approchent, a-t-elle souligné. « Un renouvellement des faits est à craindre. »
Ironisant sur la portée des violences – « dans ce dossier, la victime, ce sont des murs » –, M. Laverdure a dénoncé une procédure « absorbée par la sphère politique ». Raphaël Kempf, l’avocat du suspect de 66 ans, a quant à lui fait part de « pressions politiques exercées par le maire, Guillaume Guérin », dans le déroulé du dossier.
Selon le sexagénaire, sa mise en examen découle d’un « affreux concours de circonstances », provenant d’un appel passé au premier suspect, juste avant l’incendie. La vidéosurveillance d’une enseigne de restauration rapide le montre, peu après, en train de commander une boisson.
« Son père avait des problèmes mécaniques avec sa batterie de voiture, je l’ai aidé, et je ne lui ai pas laissé mes pinces quand son père est reparti », a-t-il expliqué. « Comme il n’a pas de téléphone, j’ai appelé son fils. » Les deux suspects ont quitté la salle d’audience sous les applaudissements, des sympathisants brandissant un poing levé.