Au Brésil, pourquoi les classes moyennes ont tourné le dos à Lula
« Je veux juste dormir ! » Epuisée, Cibele Santiago, 38 ans, fond en larmes sur le canapé de son modeste appartement de 40 mètres carrés, le 10 octobre. Cette ingénieure civile qui habite dans un ensemble de logements sociaux du programme Minha Casa, Minha Vida (« ma maison, ma vie ») à Ribeirao das Neves, une ville-dortoir dans l’intérieur de l’Etat de Minas Gerais, dans le sud-est du Brésil, ne connaît pas de répit.
Son emploi à la mairie locale ne lui apporte que 4 500 reais (environ 790 euros) par mois. Pour subvenir aux besoins de son fils, elle multiplie les missions à son compte, le soir et le week-end. « C’est frustrant d’avoir fait cinq ans d’études universitaires pour ça », souffle cette mère célibataire qui rêve de s’offrir un jour une maison.
Née dans une favela, la jeune femme incarne ces « enfants rebelles » du Parti des travailleurs (PT, socialiste) du président, Luiz Inacio Lula da Silva : ces générations sorties de la pauvreté grâce aux politiques sociales menés au cours des dix-sept années de gouvernement de la gauche (de 2003 à 2016 puis de 2023 à 2026), mais qui, portées par des aspirations nouvelles, lui tournent désormais le dos. « J’ai déjà voté pour Lula mais, aujourd’hui, je trouve que le gouvernement ne pense pas suffisamment à l’avenir », explique l’ingénieure.
Au second tour de l’élection présidentielle, dimanche 25 octobre, elle votera pour le candidat d’extrême droite, Flavio Bolsonaro, le fils de l’ancien président Jair Bolsonaro (2019-2023), donné au coude-à-coude avec Lula dans les sondages.
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