Au festival d’Aix-en-Provence, entre la chaleur et les problèmes de son, l’opéra au défi du plein air
Il y a loin entre les planches prestement installées en 1948 par Gabriel Dussurget à Aix-en-Provence, dans un coin de la cour du Palais de l’archevêché, devant un public assis sur des chaises de jardin, et le Théâtre de l’Archevêché tel que nous le connaissons aujourd’hui. Pourtant, le plateau (7 mètres de profondeur et une douzaine de mètres de large), le lieu fondateur, auquel ont été ajoutés un cadre de scène et l’aménagement de gradins comptant 1 349 places, n’a jamais cessé d’être le cœur battant du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Qui n’a poétisé la nuit sous les étoiles provençales, la brise tiède venue du Luberon, la magie de la musique de Mozart ? « Il y a un fil tiré entre la légende des premiers tréteaux et l’esprit qui règne toujours à Aix aujourd’hui, quelque chose qui nourrit l’imaginaire », confirme le chef d’orchestre Raphaël Pichon, familier des lieux, où il reprend, du 4 au 12 juillet, le Requiem de Mozart dans la production mise en scène par Romeo Castellucci en 2019.
Paradoxal, l’opéra en plein air provoque une rencontre en forme de collision, celle de la technologie la plus sophistiquée avec les éléments naturels les plus imprévisibles. Ennemie publique numéro un : la pluie, qui a parfois nécessité d’interrompre une représentation, voire d’annuler une première. Mais, la plupart du temps, les musiciens s’accrochent. Raphaël Pichon se souvient de cette représentation du Samson de Rameau menacée par l’ondée en 2024. « Nous étions en train de jouer une pièce célèbre que nous ne pouvions interrompre, assure le musicien. Alors l’orchestre s’est mis à se déplacer, les clavecinistes jouant tout en tirant des bâches sur leur instrument, tandis que les cordes se réfugiaient à tour de rôle sous la petite conque qui surplombe une partie de la fosse. »
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