Au Festival d’Avignon, Salim Djaferi déconstruit avec allant l’histoire de l’immigration algérienne dans « Bâtir »
La démarche singulière de Salim Djaferi, concepteur et acteur de Bâtir, un spectacle proposé salle Benoît-XII, à Avignon, consiste à déconstruire pour mieux les reconstruire les perceptions et les connaissances du public. De quoi est-il question dans Bâtir ? Des conditions de logement (et de vie) des immigrés algériens arrivés en France dans les années 1950 et que des politiques gouvernementales successives ont baladés de lieux en lieux au gré d’un racisme larvé, inavoué et largement partagé, la gauche n’étant, en la matière, pas moins fautive que la droite.
Un brin pédagogique mais très instructif, le projet de l’artiste se campe sur une ligne de crête. A l’équilibre entre le cours d’histoire et la performance contemporaine, le jeu théâtral et l’installation plastique, le documentaire et le témoignage personnel. Dans ses déhanchements, ses postures, les ondulations de ses bras, leur symétrie ou leur asymétrie, la totalité du corps de l’acteur est mobilisée et joue d’une forme de sinuosité.
Ses mouvements et sa gestuelle ramassent très habilement la substance même de sa représentation. Car si le corps de l’interprète se faufile dans l’espace sans jamais se figer, c’est qu’il porte en lui la gamme des déplacements – délocalisations, déménagements, emménagements, exclusions et autres ostracisations –, auxquels ont été soumis ses grands-parents et ses parents.
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