Autodestructions artistiques
Le 17 mars 1960, le jardin du Museum of Modern Art (MoMA) de New York est le théâtre de l’un des événements les plus radicaux, chaotiques et mémorables de l’histoire de l’art du XXe siècle. L’artiste suisse Jean Tinguely (1925-1991) y présente Homage to New York, une immense sculpture mécanique conçue dans un but unique : s’autodétruire en public. L’événement est un jalon important dans sa jeune carrière, qui a commencé en 1954 avec sa première exposition à la galerie Arnaud, à Paris. Il y présentait ses Méta Mécaniques, en apparence des tableaux abstraits géométriques, mais dont les formes découpées dans de la tôle peinte pivotaient lentement, modifiant la composition en permanence : du jamais vu.
Au MoMA, la soirée, intitulée « démonstration technique privée » pour éviter les ennuis, compte près de 250 invités, dont des artistes : Richard Huelsenbeck, l’un des fondateurs du dadaïsme berlinois, Marcel Duchamp, Mark Rothko, Robert Rauschenberg, qui a participé à l’œuvre en y intégrant le Money Thrower, une machine qui jette au public des pièces de monnaie, Jasper Johns, Robert Breer, qui en filme la préparation, et Niki de Saint Phalle, la compagne de Tinguely, qui l’a aidé à peindre la machine. Des critiques sont aussi présents, comme John Canaday, du New York Times, qui publiera un article assassin dès le lendemain. Du côté du musée, Alfred Barr, son premier directeur historique, ainsi que son successeur René d’Harnoncourt et Peter Selz, le conservateur qui a organisé l’événement.
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