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Avant les championnats d’Europe d’athlétisme, les diffuseurs reçoivent des recommandations pour filmer les sportives avec « dignité et respect »

· Sport

« Plans prolongés sur le corps », « prises de vues en contre-plongée », « angles révélateurs » et « ralentis excessifs » ne sont plus les bienvenus sur les pistes d’athlétisme ou les écrans de télévision, et seront désormais traqués lors des retransmissions en direct des différentes compétitions sur le continent, à commencer par les championnats d’Europe organisés du 10 au 16 août à Birmingham (Royaume-Uni).

C’est en tout cas l’objectif annoncé jeudi 16 juillet par l’Union européenne de radio-télévision (UER), qui a détaillé dans son rapport intitulé Raising the Bar (en français : « Placer la barre plus haut ») différentes recommandations faites auprès des diffuseurs. En collaboration avec la Fédération européenne d’athlétisme (FEA), plusieurs athlètes, ainsi que des techniciens de l’audiovisuel, l’UER souhaite développer une couverture médiatique qui reflète « le talent, le dévouement et l’excellence » des sportives, en leur assurant « équité, exactitude et respect ».

« La manière dont notre sport est présenté lors des retransmissions en direct peut être incroyablement puissante, mais parfois préjudiciable aux femmes qui participent à la compétition, ainsi qu’aux femmes et aux filles qui la regardent, explique la perchiste britannique Holly Bradshaw, médaillée de bronze aux Jeux olympiques (JO) de Tokyo en 2021, dont les conseils ont permis la conception d’une partie des directives du rapport. De nombreuses athlètes, dont moi-même, se sont retrouvées dans des situations de compétition, où elles étaient davantage concentrées sur les caméras plutôt que sur leur propre performance. Il existe tant d’angles différents à montrer dans notre sport… »

« Stéréotypes néfastes »

Pour les différentes épreuves de course, les sauts en hauteur et en longueur, et donc la perche, l’UER distille ses conseils à l’aide de schémas tirés de scènes réelles, où la sexualisation des sportives avait alors invisibilisé leurs performances. Parmi les « angles négatifs » cités dans le rapport – à savoir les prises de vues désormais proscrites –, ceux montrant les athlètes uniquement de dos sont les plus fréquemment cités.

Ce biais sexiste, le monde de l’athlétisme et plus généralement du sport au féminin a dû apprendre à vivre avec, et ce depuis sa montée en puissance médiatique. Souvent ciblée, Marie-José Pérec, la légende tricolore des pistes, avait par ailleurs été l’une des premières à s’y attaquer lors des JO de Barcelone en 1992.

Tout juste titrée en finale du 400 m, « La Divine », de son surnom, avait alors interpellé le patron du journal L’Equipe qui, un an plus tôt, choisissait d’illustrer sa victoire aux championnats du monde par un cliché pris de dos, montrant ses fesses. « Dégage, dégage dehors, de toute façon on sait déjà ce que tu vas faire dans ton prochain numéro, tu vas montrer mon cul ! », avait réagi la championne.

Aux yeux de la FEA, et de son président Dobromir Karamarinov, le développement de ces nouvelles recommandations constitue « une étape cruciale pour mettre fin aux représentations préjudiciables des femmes dans nos sports, tout en préservant le plus haut niveau de qualité narrative et d’excellence technique ». Et le rapport d’ajouter que « les athlètes elles-mêmes soulignent régulièrement que les prises de vues qui mettent le mieux en valeur la puissance, la précision et la technique de leurs disciplines, sont souvent celles qui les traitent avec dignité et respect ».

Glenn Killane, le directeur exécutif de l’UER Sport, pointe ainsi les « implications profondes » de ces choix visuels qu’il souhaite voir disparaître, car ils « influencent la perception du public (…) et risquent de perpétuer des stéréotypes néfastes ». Toutes deux consultées pour l’élaboration du rapport, la Serbe Ivana Spanovic, championne du monde de saut en longueur en 2023, et l’ex-sauteuse en hauteur croate Blanka Vlasic, vainqueure de deux couronnes internationales, ont également souligné « le rôle crucial des commentateurs », ou celui des techniciens de l’image, « essentiels pour les spectateurs » et leur bonne compréhension des différents gestes sportifs.

« Nous espérons que ces recommandations seront perçues moins comme une série de restrictions que comme le début d’un dialogue entre les diffuseurs, les réalisateurs, les caméramans et les athlètes », prévient l’UER dans sa note explicative. Reste à voir si les premiers résultats seront visibles, ou non, dès cet été à l’Alexander Stadium de Birmingham.