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Burn-out et dégagisme dans les théâtres : « Pourquoi tu vas t’épuiser à gérer le “Titanic” ? »

· Culture

Le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), qui regroupe les dirigeants du théâtre public, a désormais un protocole bien rodé quand éclate une crise. Trois questions simples sont posées au directeur mis en cause : « Te sens-tu bien dans ton poste ? » ; « Es-tu bien au-dehors, dans la ville, dans ta vie ? » ; « Tes relations avec les collectivités publiques sont-elles bonnes ? » Le 22 mai, Sophie Mugnier, jeune directrice du Channel, scène nationale de Calais (Pas-de-Calais), a répondu non trois fois, après une assemblée générale houleuse où elle avait présenté à ses équipes un plan de redressement budgétaire passant par une cessation d’activité de six mois. Le syndicat l’a exhortée à se mettre immédiatement au vert. Pas assez vite. Résultat : burn-out avec détour par la case hôpital.

On peut discuter, évidemment, du bien-fondé des esthétiques ou des décisions des directeurs de lieu et autres chefs de troupe contestés ici et là. Mais la multiplication des départs anticipés et des drames personnels chez ces cadres du monde culturel raconte un mouvement inquiétant. En cause : subventions en berne, paquebots vieillissants, hostilité des élus locaux aux prises avec leurs difficultés financières, rébellion des équipes et diktat des réseaux sociaux. De Creil à La Rochelle, du Mans à Vénissieux… partout, on tire la sonnette d’alarme d’un dégagisme culturel qui n’est pas sans rappeler le populisme politique.

Les femmes sont en première ligne : Kaori Ito au Centre dramatique national (CDN) de Strasbourg, Lucie Berelowitsch à celui de Vire (Calvados), Séverine Chavrier à la Comédie de Genève (Suisse), Nadège Prugnard aux Ateliers Frappaz à Villeurbanne (Rhône)… « On a été nommées sur la base d’une illusion, souligne Marie-José Malis, à la tête du théâtre La Commune à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) de 2014 à 2023 (et du Syndeac de 2017 à 2020). On nous a dit : “Vous êtes les femmes, vous allez nous aider à changer les choses, vous allez incarner une autre façon de gérer.” Mais, sitôt que tu es en place, ceux qui t’ont nommée se mettent à te mépriser. On te désigne comme une planquée, une opportuniste. »

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