Championnat d’Europe d’athlétisme 2026 : aucun titre mais de « belles surprises », le bilan mitigé de l’équipe de France
Un mélange d’enthousiasme et d’incertitude planait autour des Bleus avant le début des championnats d’Europe d’athlétisme 2026, à Birmingham (Royaume-Uni), le 10 août. Privé de certains cadres – dont Cyréna Samba-Mayela, vice-championne olympique du 100 m haies et seule médaillée à Paris 2024, blessée –, Jean Galfione, directeur de la haute performance à la Fédération française (FFA), s’était gardé d’afficher un objectif chiffré. « On sait qu’il y a des absents et ça affaiblit notre comptabilité, mais je pense qu’il va y avoir des belles surprises », disait alors l’ancien perchiste champion olympique à Atlanta 1996.
Alors que l’événement s’est achevé, dimanche 16 août, difficile de lui donner tort. Les Bleus vont quitter l’Angleterre avec onze médailles, mais sans le moindre titre continental. Lors de la précédente édition, à Rome en 2024, ils en avaient glané seize, dont quatre en or. Mais ce bilan offre tout de même quelques motifs de satisfaction pour une délégation encore marquée par les désillusions des JO à domicile et des Mondiaux 2025 à Tokyo décevants – deux podiums pour Jimmy Gressier, le sacre sur 10 000 m, et la 3e place du 5 000 m.
Car « les belles surprises » prophétisées par Jean Galfione ont pris corps. Dès le premier jour de la compétition, Etienne Daguinos, 26 ans, se parait du bronze sur 5 000 m, dépassant dans la dernière ligne droite son compatriote Jimmy Gressier (4e). Quinzième sur la distance à Rome il y a deux ans, non qualifié pour les Jeux de Paris, le Girondin s’est offert sa première médaille dans un grand rendez-vous international. Tout comme Laeticia Bapté, 27 ans, qui s’est invitée sur la 3e marche du podium du 100 m haies, Baptiste Thiery, 3ᵉ du concours du saut à la perche derrière les deux stars de la discipline, le Suédois Armand Duplantis et le Grec Emmanouil Karalis, ou Hilary Kpatcha, 3e du saut en longueur.
Sur le 400 m, alors que tous les regards étaient tournés vers Samuel Vessat – il avait battu, fin juin, le vieux record de France de Leslie Djhone (44 s 24, contre 44 s 46) –, c’est Muhammad Abdallah Kounta, 31 ans, qui a impressionné en allant décrocher l’argent. Sur le marathon, les Bleus ont arraché une inattendue médaille de bronze par équipes grâce aux performances combinées de Valentin Gondouin, 6e de la course, Emmanuel Roudolff-Levisse, 11e, et Hassan Chahdi, 19e.
Quant à Aurélien Quinion, 33 ans, il s’est paré de bronze sur le marathon marche – distance inédite aux championnats d’Europe –, son premier podium international, malgré des performances solides lors des Mondiaux 2025 – 4e du 20 km marche et 5e du 35 km. « Je vois que je ne suis marqué quasiment nulle part dans les favoris. Mais, dans la logique des choses, je me vois parmi eux », avait-il insisté avant le coup d’envoi des « Europe » 2026.
Des revenants qui ont le sourire
Des quatre Français sacrés à Rome, Alice Finot, 35 ans, est la seule à avoir conservé une place sur le podium, 2e du 3 000 m steeple. Au-delà du forfait de Cyréna Samba-Mayela, Gabriel Tual (800 m) et Alexis Miellet (3 000 m steeple) ont été éliminés avant même la finale. Malgré son statut de tenante du titre, Alice Finot n’arrivait pas forcément dans la peau d’une favorite, après une saison 2025 ponctuée de blessures et de changements ratés dans la manière de s’entraîner. Elle n’avait d’ailleurs plus pris part à un grand championnat depuis sa 4e place aux Jeux de Paris.
Just Kwaou-Mathey, 26 ans, lui aussi, a fait un beau retour. Médaillé de bronze du 110 m haies à Munich en 2022, le Parisien avait dû renoncer à l’échéance continentale en 2024 à cause d’une rupture du tendon d’Achille. Sa médaille d’argent remportée à Birmingham lui permet de tourner définitivement la page de deux années de galère pour revenir à son meilleur niveau.
Une autre athlète tricolore a retrouvé le sourire au Royaume-Uni, là où elle a vu son monde s’effondrer il y a deux ans. Grièvement blessée à la cheville lors des championnats du monde en salle de Glasgow (Ecosse) qui l’a privée de son rêve olympique, Margot Chevrier, 26 ans, a pu pour la première fois ressauter à la perche dans une grande compétition. Elle a terminé au pied du podium (4e) d’un concours où sa compatriote Marie-Julie Bonnin, 24 ans, a pris la 3e place.
Plusieurs déceptions chez les têtes d’affiche
Très attendu en sa qualité de champion du monde en titre, Jimmy Gressier n’aura pas réussi à rééditer l’exploit sur le 10 000 m européen, mais il a tout de même décroché le bronze sur la distance, s’invitant ainsi sur son premier podium dans la compétition, après sa 4e place à Munich en 2022 et sa 5e place à Rome en 2024.
Deux ans après sa médaille de bronze au dernier Euro, Agathe Guillemot a cette fois connu la frustration de terminer 4e sur 1 500 m, alors qu’elle détenait le deuxième meilleur temps européen de la saison sur la distance. « J’ai vraiment mal couru, déplorait-elle au micro de France Télévisions après la course. Je vais apprendre de cette course, revenir et gagner un jour, j’en suis sûre. »
Avec ses onze médailles, mais aucun titre, la France achève la compétition à la 19e place du tableau des médailles, dominé par l’Italie (1re) devant la Grande-Bretagne (2e) et l’Allemagne (3e), très loin de son classement à Rome en 2024 (2e). A Munich, en 2022, les Bleus avaient terminé 22e, un bilan plus en adéquation avec la performance de 2026.
Ces championnats d’Europe, à deux ans des Jeux de Los Angeles 2028, ont aussi mis en lumière une carence chez les Français : le sprint. Pour la première fois depuis 1934, aucun athlète tricolore – tout genre confondu – n’a disputé le 100 m, aucun homme n’a été aligné sur le 200 m et aucune équipe n’a pris le départ d’un relais 4 × 100 m, qu’il soit masculin, féminin ou mixte. Gémima Joseph, 24 ans, seule représentante de la délégation, a terminé 5e du 200 m.