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Ci-gisent les bêtes

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« On enterre l’amour – les amours, on enterre les amours – l’amour », Raymond Queneau.

Le 2 août 1900 mourut Emma, une petite chienne. On lui fit construire un beau mausolée. Un gisant paisible de l’animal est ainsi représenté étendu sur un coussin d’un moelleux minéral, posé sur une colonne d’inspiration corinthienne. Emma, c’est gravé dans la pierre, fut la « seule compagne et seule amie de [la] vie errante et désolée » de sa maîtresse. D’autres épitaphes évoquent de la même manière l’attachement immense que les maîtres, véritables parents (« ta maman »), ont éprouvé pour ces êtres qu’ils ont considérés comme un compagnon, un bébé (« vous avez remplacé l’enfant que je n’ai pas eu »).

Les inscriptions décrivent le manque, la douleur (« ton départ m’a broyée »), le bonheur, les jeux d’autrefois, l’affection (« nous avons eu dix-sept ans d’amour »), le caractère de l’animal (« petite chipie aux beaux yeux maquillés »), sa biographie (« d’une animalerie qui voulait te piquer jusqu’au cimetière où repose Rintintin, tu en as fait du chemin pour une petite lapine handicapée ») ou ses faits d’armes (photos à l’appui, on voit un chat capable de boire avec « sa main » et de transférer, seul, ses croquettes depuis la boîte jusqu’à sa gamelle).

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