Cinq personnes ont été mises en examen, soupçonnées d’avoir, « par le truchement de deux associations, fait parvenir des fonds à un tiers, collecteur de fonds pour le compte du Hamas, ce qu’elles contestent », a fait savoir, samedi 3 octobre, le parquet national antiterroriste (PNAT), sollicité par l’Agence France-Presse (AFP).
Les cinq suspects ont d’abord été placés en garde à vue, mardi, par les enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) chargée des investigations. Puis une information judiciaire, qui permet à un juge d’instruire le dossier, a été ouverte, vendredi, pour « financement d’entreprise terroriste, en l’occurrence le Hamas », « abus de confiance en bande organisée » et « blanchiment d’abus de confiance en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste ». Les cinq personnes gardées à vue, déférées, ont été mises en examen pour ces motifs.
Ni la localisation des deux associations en France, ni le montant des sommes incriminées, n’ont été dévoilés par le PNAT, samedi. Mais trois des cinq personnes mises en examen sont liées à une liste noire publiée par les autorités américaines.
Selon des éléments recoupés par l’AFP, il s’agit de Faouzi Barika, de l’association Baraka en Gironde, de son frère Nordine Barika, et d’Amel Oualid, de l’association Ensemble C Mieux dans la Loire, qui, d’après Washington, ont participé pendant plusieurs années à un système ayant permis de collecter plus de deux millions de dollars (1, 8 millions d’euros environ) au profit du Hamas.
« Aucun lien avec le Hamas »
Le parquet antiterroriste a « requis le placement en détention provisoire des deux présidents des associations ». Mais Amel Oualid, 39 ans, a été laissée libre « sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention, saisi par le juge d’instruction antiterroriste », poursuit le PNAT. « Ma cliente est engagée dans l’humanitaire, au soutien d’une population civile victime d’un génocide à Gaza, elle n’a aucun lien avec le Hamas », affirme son avocat, sous couvert de l’anonymat.
De son côté, Faouzi Barika, 35 ans, « a été incarcéré provisoirement dans l’attente d’un débat contradictoire différé qu’il a sollicité », selon le PNAT. « Mon client a participé à des collectes de fonds dans un but exclusivement humanitaire, une détention serait scandaleuse », a commenté, auprès de l’AFP, Me Lucie Simon, son avocate.
Nordine Barika a été laissé libre sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du PNAT. Son avocat, contacté par l’AFP, n’a pas souhaité faire de commentaire. Les deux autres suspects mis en examen, sur lesquels aucun détail n’a filtré, ont été laissés libres sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du PNAT.
Tout a débuté par une enquête préliminaire ouverte initialement le 21 avril pour soupçon de « financement du terrorisme et association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes ».
1,5 million collecté après l’attaque du 7-Octobre
Le service du ministère des finances américain chargé des sanctions (OFAC) et le département de la justice américain avaient livré, vendredi, d’autres pièces du puzzle dans des communiqués séparés au sujet de Faouzi Baraka et Amel Oualid. « La médiatisation décidée par l’OFAC surprend dans un contexte politique inflammable », déplore Me Lucie Simon.
Les deux suspects « dirigent des prétendues associations caritatives censées collecter des fonds à des fins humanitaires pour venir en aide aux civils de Gaza », pointe l’OFAC. Mais selon le service gouvernemental américain, les fonds arrivent « en réalité » entre les mains du Hamas via un membre de sa branche armée, Saleem Al-Zaq, un Palestinien basé à Gaza.
« Au cours d’une période de six ans, de 2020 à 2026, [Faouzi Baraka, Amel Oualid et Saleem Al-Zaq] ont collecté plus de deux millions de dollars pour le Hamas, dont 1,5 million après l’attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023 », assure l’OFAC.
Faouzi Baraka et Amel Oualid auraient encore « envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies à Al-Zaq » et ce dernier aurait « mis en avant les comptes liés aux collectes de fonds de [ces deux responsables d’association] sur ses propres réseaux sociaux ».
Pour les personnes et organisations visées, les sanctions américaines entraînent le gel des avoirs éventuellement détenus aux Etats-Unis. Ces mesures imposent aussi aux entreprises américaines (par exemple Mastercard) de rompre toute relation financière avec elles, au risque d’être à leur tour frappées par des sanctions.