LA LISTE DE LA MATINALE
Le français n’est pas unique, il est multiple. Nous nous régalons, c’est bien connu, de pains au chocolat (au Nord) ou de chocolatines (au Sud), en ouvrant dès la sortie de la boulangerie l’emballage de papier, qu’il s’appelle sac, poche ou sachet. Selon la région dans laquelle nous avons grandi, nous passons la cinse, la peille ou la serpillière (ou nous avons la flemme de le faire… ou plutôt la cagne, comme on dit de la Loire à l’Hérault). Certains régionalismes sont devenus rares, tandis que d’autres ont rencontré un tel succès qu’ils se sont imposés dans tout le pays. Petite balade au pays des mots de chez nous…
Quelques emplettes, pour commencer ?
Quand, à quelques heures de TGV de chez lui, un Francilien se voit proposer à la caisse de la supérette une poche (dans le quart Sud-Ouest) ou un pochon (dans le centre du pays et en Bretagne) ou encore un sachet (au Nord et à l’Est), il comprend aisément, grâce au contexte, qu’il s’agit de ce que, chez lui, on appelle couramment un sac (en précisant éventuellement s’il est en plastique ou en papier).
Il sera un peu plus étonné de récupérer ses emplettes dans une bourse sur la Côte d’Azur ou un cornet (dans l’Est), cette dernière dénomination évoquant plutôt pour lui un emballage conique, du type réceptacle à frites ou à boules de glace fraise-pistache. Il sera peut-être carrément interloqué si un aimable commerçant s’offre à plier ce qu’il vient d’acheter – que ce soit une bouteille de vin, un poulet de Bresse ou une planche de surf. Qu’il se rassure, il ne s’agit pas de l’annonce d’un numéro de cirque : plier, dans la moitié sud de la France, c’est simplement envelopper, emballer. Ouf.
Bavarde serpillière
Quand il vous tombe dessus hors contexte, le régionalisme se fait parfois franchement opaque. Clin d’œil à Christine, collègue correctrice française œuvrant au Devoir, le quotidien de Montréal. Dans les premiers temps de son expatriation, il n’était pas rare qu’elle soit désarçonnée par ce que les traducteurs qualifient de « faux amis ». Ainsi, lorsqu’un Québécois lui parla pour la première fois de vadrouille dans un contexte fort éloigné de la promenade, elle avait dû demander des éclaircissements, et s’était entendu répondre : « Une vadrouille ? C’est une moppe ! » Les deux mots désignent dans la Belle Province la serpillière, version balai à franges, le second étant une francisation de son équivalent en anglais états-unien : mop.
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