Dans « Gouverner », Jordan Bardella creuse le sillon libéral-sécuritaire du RN, sans propositions nouvelles
En conclusion de Gouverner (Fayard, 288 pages, 22,90 euros), paru mercredi 4 novembre, Jordan Bardella exhorte ses lecteurs à porter l’extrême droite au pouvoir en ces termes : « Il vous revient désormais d’écrire les prochaines pages. » Promesse bienvenue, tant l’aspirant premier ministre de Marine Le Pen ne semble plus savoir lui-même que raconter à ses sympathisants, acquéreurs de 230 000 et 100 000 exemplaires de ses deux premiers ouvrages, Ce que je cherche (Fayard, 2024) et Ce que veulent les Français (Fayard, 2025).
Après l’autobiographie à 29 ans seulement, puis les portraits de concitoyens représentatifs d’une certaine France, cette troisième tentative littéraire en trois ans est un étrange objet qui commence par un récit de la bataille de Verdun, se poursuit par une galerie de portraits des premiers ministres d’Emmanuel Macron, embraye sur des évocations de son premier semestre 2026 et tourne au livre programmatique dans ses 100 dernières pages, un bréviaire libéral-sécuritaire intitulé « La France que nous vous devons ».
On le referme avec le sentiment d’avoir ingurgité des heures d’interventions télévisées de Jordan Bardella et des kilomètres de notes produites par ses conseillers, sans avoir appris grand-chose sur sa méthode de gouvernement, ni sur les personnes qui l’accompagneraient dans cet exercice. Comme dans son premier livre, le président du Rassemblement national (RN) ne laisse pas de lumière à grand monde, si ce n’est, contraint et forcé, à Marine Le Pen. Sa mentore avait disparu du deuxième tome, la voilà fatalement de retour. Le reste du parti n’existe pas, ou si peu. Sarah Knafo et Eric Zemmour, « deux associés égotiques », sont étrillés sur une page qui rend assez improbable un compagnonnage futur.
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