D’une canicule à l’autre, de 2003 à 2026, la prise de conscience inachevée d’une catastrophe sanitaire et climatique
Vingt heures, lundi 11 août 2003. La chaleur écrase la France depuis une semaine, il fait 35 °C à l’ombre à Paris, et la température ne redescend plus beaucoup la nuit. Les hôpitaux sont débordés et les pompes funèbres ne vont pas tarder, elles aussi, à alerter : on leur amène des morts par centaines, en majorité des personnes âgées. Apparaît alors, au journal télévisé de TF1, une image qui incarnera la gestion politique de cette crise : le ministre de la santé, Jean-François Mattei, en polo noir froissé, est interrogé en duplex depuis le jardin arboré de sa résidence du Var. Tout le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin est en vacances : seule Roselyne Bachelot, la ministre de l’écologie, a été renvoyée à Paris le même jour.
Un polo peut-il suffire à décrédibiliser l’action gouvernementale ? L’image frappe en tout cas la presse, qui note le décalage entre l’allure décontractée du ministre et le fait que, depuis la fin de la semaine précédente, les médecins alertent sur l’engorgement des services d’urgence. « On n’a jamais vu ça ! », s’est écrié Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, qui parle d’« hécatombe » dans l’édition du dimanche du Parisien. « Les plus fragiles tombent comme des mouches, ajoute-t-il, et les autorités sanitaires, direction générale de la santé [DGS] en tête, ne prennent pas la mesure de la gravité de ce qui se passe. » L’opposition, emmenée par le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, tape à bras raccourci, accusant le gouvernement d’être « passif et inerte ».
Au cours de la semaine, les pompes funèbres générales comptent 37 % de surmortalité par rapport à la même période en 2002. Le 15 août, jour férié qui tombe un vendredi, plusieurs communes, dont Paris, autoriseront exceptionnellement les inhumations pour désengorger les salons funéraires. La France est « en état de choc sanitaire », affiche la manchette du Monde le même jour. La canicule de l’été 2003 aura fait 15 000 morts, dont 87 % avaient plus de 70 ans, une surmortalité de 75 % par rapport aux années précédentes.
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