Edouard Philippe placé sous le statut de témoin assisté dans une enquête ouverte notamment pour détournement de fonds publics
Le candidat Horizons à la présidentielle et ancien premier ministre, Edouard Philippe, a été placé jeudi 29 octobre sous le statut de témoin assisté dans l’enquête ouverte notamment pour « détournement de fonds publics », « favoritisme » et « harcèlement moral » au sein de la communauté d’agglo du Havre, ville dont il est maire, a appris l’Agence France-Presse de sources proches du dossier.
L’ancien premier ministre a été entendu toute la journée par deux juges d’instruction financiers, qui l’avaient convoqué pour l’entendre comme témoin assisté, un statut moins incriminant qu’une mise en examen. « Edouard Philippe se félicite de cette décision favorable qui confirme qu’il n’y a rien à lui reprocher dans cette affaire », a réagi son avocat, Emmanuel Marsigny, sollicité par l’AFP. En l’état, la perspective de poursuites judiciaires s’éloigne le candidat à la présidentielle.
Dans cette affaire, l’association anticorruption Anticor s’est constituée partie civile, le 20 octobre, auprès des deux juges d’instruction chargés de l’information judiciaire, ouverte en mai sur réquisitions du Parquet national financier (PNF), selon les informations du Monde. L’enquête porte sur d’éventuels contournements des règles du marché public par la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, présidée par le maire (Horizons) de la ville et ex-premier ministre (2017-2020).
Ce dossier judiciaire trouve son origine dans une convention d’objectifs pluriannuelle, cosignée, le 30 juillet 2020, par Edouard Philippe, en tant que président de la collectivité. Et par Stéphanie de Bazelaire, non pas en tant qu’adjointe à la mairie chargée de l’innovation et du numérique et conseillère communautaire à la communauté urbaine, poste qu’elle occupe alors, mais en tant que présidente bénévole de l’association LH French Tech, chargée d’animer et d’exploiter la Cité numérique du Havre (Seine-Maritime).
Cette convention de service d’intérêt économique général (SIEG), dérogeant aux règles de la mise en concurrence dans certains cas de marchés publics, liait la métropole et LH French Tech pour quatre ans et fixait le versement à l’association d’une « compensation de service public » de 2,154 millions d’euros par la collectivité. Mais, en mars 2022, la communauté urbaine, qui avait déjà versé 1,15 million d’euros, a voté la rupture anticipée de cette convention et du bail d’occupation de la Cité numérique, face à la trajectoire budgétaire intenable de l’association.
En décembre 2023, à la suite d’une plainte de l’ancienne directrice générale adjointe de la collectivité (2020-2023), Cornelia Findeisen - qui a obtenu en janvier 2025 le statut de lanceuse d’alerte -, le PNF avait ouvert une enquête préliminaire, puis mené des perquisitions et des auditions au Havre en avril 2024.
Le dépôt, en 2025, d’une plainte avec constitution de partie civile par la même Cornelia Findeisein a entraîné l’ouverture, l’année suivante, d’une information judiciaire. « Nous nous réjouissons que l’instruction suive son cours » malgré ce statut de témoin assisté, a assuré à l’AFP son avocat Jérôme Karsenti. « Nous prendrons connaissance dès que possible de l’audition d’Édouard Philippe pour comprendre la motivation des juges au regard de faits qui nous apparaissent graves ».