Festival d’Avignon : « Silence », de Mathilde Monnier et Lucie Antunes, brouille les rôles entre musiciens et danseurs
Chanter le silence, crier au silence, le convoquer à pleine gorge. Cet appel d’air lancé au ciel en plein cœur de la carrière de Boulbon résonne telle une incantation. Il remplit ce gigantesque entonnoir minéral comme pour en écarter les murailles. En introduction du spectacle précisément intitulé Silence, signé par la compositrice Lucie Antunes et la chorégraphe Mathilde Monnier, il s’élève en boucle tel un mantra. Pendant de longues minutes magiques, il déroule une échelle infinie de sons à l’assaut du tumulte, pour mieux l’abattre, le dompter, l’écraser.
Silence, donc. Au centre du plateau, entouré sur trois côtés par le public, un cercle d’instruments (percussions, piano, guitare, consoles…) attend l’équipe de onze instrumentistes et danseurs. C’est à partir de cette cellule que se dilate et se rétracte l’espace de ce furieux concert dansé tout en mouvements circulaires. Sans cesse, les interprètes, habillés en noir s’échappent, tournent en rond pour mieux revenir dans leur refuge musical. Ce battement profond irrigué par des courants sonores chahutés prend heureusement de vitesse les attentes de cette production très rock qui navigue loin des clichés. Loin de la danse comme illustration fusionnelle de la partition, de l’effet TikTok massif à l’unisson, Lucie Antunes en débardeur blanc, emporte son vaisseau pirate au triple galop de ses attaques de batterie frénétique.
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