Fondations privées : l’art délicat du mécénat
Le 26 juin 2021, Maja Hoffmann, héritière des laboratoires pharmaceutiques Hoffmann-La Roche et d’une fortune estimée à 28 milliards de francs suisses, inaugure en grande pompe, à Arles (Bouches-du-Rhône), la fondation culturelle LUMA au cœur d’une ancienne friche ferroviaire de 7 hectares. Roselyne Bachelot, ministre de la culture, l’élève ce soir-là au grade de commandeur des Arts et Lettres. Devant elles, une tour de 56 mètres de hauteur signée Frank Gehry domine la plaine camarguaise, là où des ouvriers réparaient autrefois des locomotives.
Le mariage de l’argent, de l’art et du pouvoir remonte à l’Antiquité. Mécène (68-8 avant notre ère), conseiller d’Auguste et ami des poètes, a consacré sa fortune et son influence à protéger Virgile, Horace et Ovide, des artistes dont les œuvres ont contribué à forger la grandeur de Rome et la gloire de l’empire.
Bien avant Maja Hoffmann, les Médicis, Louis XIV ou les négociants d’Amsterdam avaient déjà compris que l’art est la monnaie la plus noble pour transformer une fortune et acheter une place dans l’histoire. Au XVe siècle, les Médicis, banquiers enrichis par le commerce de l’argent, sans titre de noblesse ni légitimité dynastique, vont faire de l’art leur principale monnaie de respectabilité. Quand Cosme l’Ancien finance Brunelleschi, commande des œuvres à Donatello, protège Fra Angelico ou que son petit-fils Laurent le Magnifique accueille dans son palais le jeune Michel-Ange, c’est autant par passion authentique que par stratégie de distinction.
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