Voice of Freedom Повна версія

Gérald Darmanin estime qu’« aucun magistrat ne doit être menacé ou insulté », en réaction aux attaques contre un juge de Bobigny

· Main news

Le garde des sceaux, Gérald Darmanin, a apporté, jeudi 15 octobre, son « soutien » à un juge du tribunal de Bobigny, Youssef Badr, « qui fait l’objet d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux », après que le magazine d’extrême droite Frontières lui a consacré un numéro.

Des magistrats ont, toute la journée, exprimé leur inquiétude quant aux attaques visant le juge, qui avait déjà reçu de tels messages après qu’un tribunal qu’il présidait avait condamné Erik Tegnér, directeur de la rédaction de Frontières.

« Aucun magistrat ne doit être menacé ou insulté dans une démocratie fière de son Etat de droit », a écrit le ministre de la justice sur X, qui affirme avoir appelé M. Badr. Le parquet de Paris a aussi affirmé examiner « la publication », parue mardi, « ainsi que les commentaires auxquels elle donne lieu ».

Youssef Badr avait expliqué sur X recevoir « de nombreux messages d’insultes et de menaces, comme en juin dernier », quand il avait porté plainte. Condamné à six mois de prison avec sursis pour la divulgation des données personnelles d’avocats spécialisés en droit des étrangers, Erik Tegnér, qui a fait appel, avait dénoncé « une totale dinguerie » et appelé ses abonnés sur X à « se mobiliser ».

Questionnement d’un traitement « impartial »

Dans les 24 pages que Frontières consacre à Youssef Badr cette semaine, le magazine épousant des positions identitaires et hostiles à l’immigration exhume des tweets et des interviews du juge qui seraient, selon le magazine, de nature à poser la question de son impartialité.

Les prises de position en faveur de la diversité de Youssef Badr « sont-elles compatibles avec le devoir de réserve des magistrats et peuvent-elles garantir au justiciable un traitement impartial ? », interroge Frontières, qui le décrit sur X en « juge rouge » ou en « favori d’Emmanuel Macron » pour diriger l’Ecole nationale de la magistrature.

Youssef Badr a fondé une association, La Courte Echelle, dont l’objet est de faciliter l’accession aux métiers du droit d’étudiants issus de milieux modestes et de quartiers populaires. Militant pour une diversité accrue dans le recrutement de la justice, il est l’auteur de l’essai Pour une justice aux 1 000 visages.

« On ne peut pas considérer qu’une enquête met en danger quelqu’un, il n’y a pas de propos qui seraient une incitation à la haine », a réagi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Erik Tegnér. Soutenir que Frontières a « attaqué » Youssef Badr, est, selon lui, « une façon de dévoyer la liberté de la presse ».

Des attaques « inédites et très préoccupantes »

Le Conseil supérieur de la magistrature avait auparavant sonné l’alarme au sujet du « risque de déstabilisation et de discrédit de l’institution judiciaire » que font courir les attaques visant Youssef Badr, qui fut porte-parole de la garde des sceaux Nicole Belloubet, au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Jacques Boulard, premier président de la cour d’appel de Paris, dont dépend le tribunal de Bobigny, a exprimé sa « très vive inquiétude » sur ces attaques « inédites et très préoccupantes », « par leur ampleur, leur persistance et la variété des supports utilisés, en particulier sur les réseaux sociaux ».

La présidente du tribunal de Bobigny, Anne Auclair-Rabinovitch, a estimé auprès de l’AFP qu’« il ne peut y avoir de justice démocratique lorsque les magistrats craignent que l’exercice de leur mission les expose à des représailles ».

Frontières fait partie de la galaxie des médias dans le giron du milliardaire Vincent Bolloré depuis que Lagardère News est entré à son capital en septembre. Erik Tegnér est aussi le chroniqueur principal de l’émission « 100 % Frontières » sur CNews.