Tester un armement capricieux sur un théâtre de guerre peut conduire à des résultats équivoques. Ce qui est arrivé au missile balistique russe à portée intermédiaire (IRBM) Orechnik, le 23 mai, n’est, de fait, pas banal. Tandis que les chancelleries occidentales protestaient contre un troisième tir de ce missile à capacité nucléaire (mais sans charge explosive) sur la ville ukrainienne de Bila Tserkva, un quatrième Orechnik s’était discrètement écrasé sur une agglomération de l’autoproclamée « République populaire de Donetsk » (RPD), un territoire ukrainien que la Russie a annexé en 2022. Autrement dit, l’armée russe a bombardé ses propres administrés en plus de son ennemi.
Deux tirs précédents de ce missile Orechnik (chaque fois sans charge explosive) avaient été effectués, le 21 novembre 2024, sur un quartier résidentiel de Dnipro, puis le 8 janvier de cette année en périphérie de Lviv. Ils sont tous été réalisés depuis le terrain militaire de Kapoustine Yar, situé à environ 500 kilomètres à l’est de la frontière ukrainienne.
Jeudi 4 juin, douze jours après les tirs du 23 mai, sans doute informé que des sources sécuritaires européennes étaient sur le point d’éventer le pot aux roses aux médias (dont Le Monde) pour railler l’échec russe, le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, a pris les devants, afin d’imposer son récit. Devant des représentants d’agences de presse internationales, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, il a affirmé que les frappes menées fin mai n’avaient « pas un caractère opérationnel, mais expérimental ».
Il vous reste 74.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.