Interdiction du voile dans l’espace public : le RN assume son projet face aux critiques
Le Rassemblement national (RN) persiste et signe. Deux jours après avoir évoqué le projet de son parti de soumettre à des amendes les femmes portant le voile islamique dans la sphère publique, afin d’interdire le port de cet habit religieux, le député (Somme, RN) Jean-Philippe Tanguy a assumé sa position mardi matin sur Franceinfo.
« Nous n’avons jamais stigmatisé les femmes qui portent le voile, [mais] il peut arriver qu’on doive malheureusement parfois abandonner un certain nombre de symboles parce qu’ils ont été accaparés par une idéologie », a-t-il estimé.
La proposition politique a été confirmée lundi soir par Marine Le Pen, candidate à la présidentielle pour le parti d’extrême droite, qui a assuré qu’elle soumettrait « aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes avec de nombreuses mesures puissantes, y compris la pénalisation du voile islamiste dans l’espace public ».
Le projet a vivement fait réagir et a été critiqué de toute part, à la fois comme une atteinte à la liberté religieuse et pour son applicabilité concrète par les forces de l’ordre. Le candidat des Républicains à la présidentielle, Bruno Retailleau, qui veut interdire le voile dans les compétitions sportives et les sorties scolaires, a dénoncé sur RTL « des populistes », qui « trahiront leurs promesses parce qu’ils savent parfaitement que c’est inapplicable ». « Cela patauge dur au RN entre l’expression de M. Bardella, qui ne veut pas [mettre en place une telle police du vêtement] et l’expression de Mme Le Pen », a-t-il ajouté.
Gabriel Attal, candidat du parti Renaissance, s’est dit « en désaccord radical avec cette proposition », à l’occasion de la visite d’une école de sa circonscription. « Le respect des valeurs de la République passe aussi par une liberté de croyance, une liberté de culte, et donc le respect du choix qui est fait par certaines femmes », a-t-il estimé. M. Attal avait aussi suscité la polémique, il y a quelques mois, en proposant l’interdiction du voile aux moins de 15 ans, mais « au nom de la protection de l’enfance ».
Révision de la Constitution
La mise en place d’un référendum nécessiterait au préalable une révision de la Constitution, qui limite le champ d’un passage par un tel vote dans son article 11. Mais M. Tanguy considère que ce texte « est extensif » et pense que « les Français doivent pouvoir se prononcer sur tous les sujets ».
Si elle est élue, Marine Le Pen entend de toute façon procéder dès son arrivée à une grande révision de la Constitution pour y introduire des dispositions sur l’immigration, la nationalité ou la primauté du droit national. Elle veut réaliser cette révision directement par référendum, et par cet article 11, ce qui serait probablement dénoncé comme un coup de force par le Conseil constitutionnel.
Celui-ci considère que la seule procédure de la révision de la Constitution est l’article 89, qui exige l’accord des deux chambres du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) sur un même texte avant un Congrès à Versailles ou un référendum.