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La démonstration de force de la société ukrainienne

· War chronicles

La crise politique ouverte à Kiev, mi-juillet, par un remaniement ministériel incompréhensible aurait pu mettre en péril un pays en guerre depuis plus de quatre ans. Son règlement a témoigné de la force de la société ukrainienne et de son attachement profond à des mécanismes démocratiques inenvisageables en Russie, où la verticale du pouvoir de Vladimir Poutine et le musellement des opinions ne cessent de s’étendre.

Tout est parti de la décision de Volodymyr Zelensky de se défaire d’un ministre de la défense apprécié des Ukrainiens, Mykhaïlo Fedorov, en poste depuis seulement six mois mais dont la présence à la tête des forces armées ukrainiennes a coïncidé avec le rééquilibrage d’un rapport de force jusque-là défavorable. Sans doute la popularité de ce jeune ministre a-t-elle pesé dans la décision d’un président qui ne tolère guère qu’on lui fasse ombrage. Mais cette éviction a surtout mis au jour une fracture entre deux générations et deux conceptions de la guerre.

Car la mise à l’écart de Mykhaïlo Fedorov était manifestement soutenue par Oleksandr Syrsky, le commandant en chef des armées, âgé de 60 ans. Crédité de la résistance initiale à l’assaut russe de février 2022, ce dernier a ensuite vu son étoile pâlir dans l’opinion ukrainienne, qui lui reprochait de s’en remettre à des méthodes datées et un manque de considération pour la vie humaine dans les combats.

Le contraste ne pouvait pas être plus grand avec le jeune ministre limogé, un trentenaire venu du monde de l’entreprise. Mykhaïlo Fedorov incarne une Ukraine moderne misant sur l’innovation technologique et de nouveaux outils pour résister à la guerre d’attrition imposée par Vladimir Poutine. La crédibilité gagnée sur le champ de bataille par l’Ukraine dans l’utilisation des drones à la fois de manière défensive et offensive lui doit certainement beaucoup.

Comme lors du mouvement déclenché en juillet 2025 par la décision de Volodymyr Zelensky de vouloir corseter les organismes indépendants chargés de la lutte contre la corruption, les Ukrainiens sont descendus dans la rue, en dépit des frappes russes incessantes et indiscriminées, pour exprimer leur colère. Et leur mobilisation spontanée a payé.

Entre le souci de cohésion du pays et le maintien d’un responsable contesté, le président ukrainien n’a pas eu d’autre choix que de sacrifier le second dont la loyauté lui était pourtant acquise. Ce dernier a été remplacé par un général de division, Mykhaïlo Drapaty, très apprécié par les Ukrainiens. Mykhaïlo Fedorov pourrait, lui, faire son retour au gouvernement comme vice-premier ministre ukrainien chargé des innovations militaires.

Alors que le nouveau ministre de la défense, un militaire reconnu, est le cinquième à occuper ces fonctions depuis le début de l’agression russe, une crise prolongée aurait également affaibli l’Ukraine auprès de ses alliés. Il s’agit d’une autre ligne rouge qu’elle ne peut se permettre de franchir, d’autant que ce soutien peut parfois se heurter à leurs intérêts. Au sein de l’Union européenne, les tractations ardues nécessaires pour pouvoir adopter le 23 juillet un 21e volet de sanctions contre la Russie en ont donné la preuve. Pour éviter le blocage, notamment de la Grèce, les Vingt-Sept ont dû multiplier les compromis. Ces deux obstacles sont désormais surmontés, tant mieux pour l’Ukraine.