Kyiv, le 21 octobre 2026,
Chères lectrices, chers lecteurs,
Aujourd’hui, j’ai donné un cours de français en visio à un groupe de niveau B1 dont les participantes apprennent le français avec moi depuis plusieurs années. Deux d’entre elles n’ont pas allumé leur caméra. C’était pour la même raison : un épuisement total. Je les ai imaginées allongées sur leur canapé, sous une couverture, en pyjama, sans avoir pris de douche ni s’être brossé les dents, car je connais bien cet état.
L’une de mes deux étudiantes, K., a fui Kyiv [Kiev en ukrainien] fin août. Elle s’est installée à Lviv. Comme plusieurs personnes de mon entourage, elle est partie à cause des attaques incessantes de drones à réaction et de l’approche d’un hiver qui s’annonce particulièrement difficile. Pendant le cours, elle a plaisanté en disant que notre quartier (nous habitons tout près l’une de l’autre, à Kyiv) avait quasiment déménagé à Lviv, où tout le monde semble s’être installé dans le même coin de la ville. Elle a aussi confié qu’elle se sentait complètement déprimée et désorientée, que Kyiv lui manquait énormément mais qu’elle ne pouvait pas revenir tant elle ne supportait plus ce « risque permanent d’être prise pour cible ». Cependant, depuis quelques jours, les drones russes frappent aussi les régions de l’ouest de l’Ukraine, notamment celle de Lviv. K. est donc encore plus en état de choc. Elle ne sait plus quoi faire ni où aller pour se protéger et continuer à vivre. Comme tant d’entre nous.
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