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La République dominicaine interdit à Haïti de jouer sur son sol à la suite d’incidents en marge du « derby d’Hispaniola »

· Sport

Une île, deux nations aux relations minées, et un ballon. Jeudi 1er octobre, la République dominicaine a reçu pour la première fois depuis 2013 son voisin de l’ouest sur l’île d’Hispaniola : Haïti. Une rencontre disputée dans le cadre de la Ligue des nations de la confédération nord-américaine de football (Concacaf) et encadrée par un important dispositif policier, déployé autour et dans le stade de Saint-Domingue, car beaucoup craignaient des débordements en marge du match. Au lendemain de la partie – remportée par Haïti (4-1) – la République dominicaine a annoncé interdire à la sélection voisine de jouer sur son territoire, en raison d’incidents survenus avant la rencontre.

Si la République dominicaine domine son voisin sur le plan économique, côté football, Haïti est bien plus puissant : le ballon rond y est plus populaire qu’à l’est de l’île, où le baseball est dominant. La victoire des Grenadiers – le surnom de l’équipe haïtienne, en référence à l’histoire révolutionnaire du pays – a confirmé leur suprématie, quelques mois après leur participation à la Coupe du monde, la deuxième de leur histoire, après 1974.

« Le ministère des sports interdit totalement que la sélection haïtienne de football joue dans les installations sportives dominicaines », a déclaré le ministre, Kelvin Cruz, vendredi. La veille, des supporteurs haïtiens ont tenté de forcer l’entrée du stade dont les 25 000 places avaient été vendues – en grande majorité à des fans haïtiens, immigrés ou ayant traversé la frontière pour la rencontre. « Ce que nous avons vu [jeudi] à l’une des portes d’entrée du stade Félix-Sánchez, une installation sportive qui a coûté des millions et des millions de pesos [un million équivaut à 15 000 euros] à l’État dominicain, est inacceptable », a-t-il martelé, insistant sur le fait que son pays ne « tolérait pas l’indiscipline et le manque de respect ».

Une célébration peu appréciée

Sur le terrain, le « derby d’Hispaniola » s’est déroulé dans le calme, sans autre incident que cette tentative d’intrusion avant le coup d’envoi – dont la dispersion s’est passée sans heurts, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) sur place. Mais vendredi, l’épisode et les propos de joueurs haïtiens ont provoqué des critiques au sein de la population dominicaine. La célébration de l’attaquant haïtien, Wilson Isidor, qui s’est écrié « Hispaniola, c’est Haïti ! Ici, c’est Haïti ! » après avoir inscrit l’un de ses deux buts du match, a été peu appréciée.

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« Les mots qu’il a prononcés n’étaient pas appropriés, compte tenu de la situation [politique] que connaissent les deux pays », a protesté le président de la Fédération dominicaine de football (Fedofutbol), José Deschamps, auprès de l’AFP. Le dirigeant a assuré envisager de saisir les instances internationales du football « le moment venu ». Selon le règlement de l’autorité régulatrice des lois du jeu (IFAB), un buteur doit être sanctionné – par un carton jaune – s’il « agit de façon provocatrice, moqueuse ou offensante » lors de sa célébration.

La question est plus que sensible en République dominicaine, où le président, Luis Abinader, a fait de la lutte contre l’immigration haïtienne l’un de ses chevaux de bataille. Alors que les immigrés venus de l’ouest de l’île sont souvent accusés d’être à l’origine de la criminalité dans le pays, le dirigeant a notamment fait ériger un mur le long de la frontière entre les deux pays. Entre contrôles renforcés et expulsions massives – plus de 265 000 Haïtiens ont été renvoyés entre janvier et août 2026, selon les chiffres officiels –, le chef d’Etat réélu en 2024 mène une politique de chasse aux clandestins, critiquée par des organisations non gouvernementales mais qui lui vaut une grande popularité.

La « décision ferme du ministère des sports » dominicain n’est pas sans conséquences pour les Grenadiers. Depuis 2021, l’équipe nationale haïtienne, qui ne possède pas de stade respectant les normes internationales, n’évolue plus dans son pays, miné par une guerre des gangs brutale et une instabilité politique chronique. Après avoir disputé ses derniers matchs de qualification pour la Coupe du monde sur l’île de Curaçao, la formation dirigée depuis août par l’Espagnol David Badia a « reçu » Trinidad-et-Tobago et le Costa Rica en Jamaïque, lors de cette trêve internationale. Par le passé, les Grenadiers avaient également effectué des stages de préparation en… République dominicaine.