Politique

La santé des présidents, un secret d’Etat

La santé des présidents, un secret d’Etat

Où s’arrête le secret médical, lorsqu’il s’agit du président de la République ? Lorsque le chef des armées et gardien de l’arme nucléaire n’a plus la force de présider, faut-il le dire ? Dans Le Crépuscule des dieux (Editions de l’Observatoire, 223 pages, 22 euros), Patrice Duhamel interroge l’opacité qui entoure la santé des chefs d’Etat à la lumière de nouveaux éléments. Principalement, le journal personnel du professeur Jean Bernard, qui fut l’un des trois médecins du président Pompidou entre 1968 et 1974. Le célèbre hématologue, tenu par le secret médical, se confiait chaque soir à son carnet, et avait donné pour consigne que ses écrits soient rendus publics plusieurs dizaines d’années après sa mort. Vingt ans après la disparition du médecin, en avril 2006, Patrice Duhamel, qui était journaliste à la première chaîne de l’ORTF sous Georges Pompidou, s’est vu confier le précieux document.

Le récit du professeur est aussi poignant qu’édifiant. Il découvre en octobre 1968 la grave leucémie dont l’ex-premier ministre est atteint. Le médecin est alors confronté à un âpre dilemme, alors que la fin du règne gaulliste se profile : doit-il dire à son illustre patient la vérité sur le mal dont il est atteint, au risque de le voir abandonner son ambition présidentielle ? « La vérité lui serait-elle révélée, il s’écroulerait », écrit-il dans son journal. Alors que le futur candidat avance inexorablement vers l’Elysée, Jean Bernard est empêché par la famille Pompidou de dire au principal intéressé la nature du mal dont il souffre. Alors que les médecins évoquent à l’époque un pronostic vital de dix ans, Georges Pompidou, élu le 20 juin 1969, résistera un peu plus de cinq ans, « dont deux années d’affaissement et d’agonie », résume Patrice Duhamel.

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