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Le blanchiment d’argent menace de « diluer la distinction entre économie légale et économie illégale », selon un rapport de la police judiciaire

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L’opération, baptisée « Corner », a été menée discrètement au premier semestre. Sous l’égide d’une « task force narco-blanchiment », une liste de plusieurs dizaines de commerces de proximité suspectés de blanchiment est établie puis contrôlée en deux vagues, en février et mai. Environ 80 contrôles se révèlent positifs à travers le pays, dans plus de 45 départements ; une dizaine de commerces sont aussitôt fermés, douze autres font l’objet d’une instruction en vue de leur fermeture…

L’« état de la menace en matière de blanchiment de capitaux » dressé par la sous-direction de la criminalité financière de la police judiciaire, que Le Monde a pu consulter, dresse un tableau alarmant du blanchiment, un phénomène en pleine expansion. Elaborée sur la base de 1 052 dossiers remontés par les services centraux et territoriaux spécialisés, cette étude alerte : « Les groupes criminels à l’œuvre dans les activités de blanchiment sont aussi dangereux que les autres groupes criminels dans leurs atteintes à l’autorité de l’Etat. »

Aucun indicateur fiable ne permet encore de déterminer avec précision les sommes blanchies chaque année en France. Mais les revenus générés par le trafic de stupéfiants (6 milliards à 7 milliards d’euros), les escroqueries et la fraude fiscale et sociale (8 milliards à 9 milliards d’euros, hors fraudes à la TVA intracommunautaire) et d’autres infractions relevant de la criminalité organisée, comme la traite d’êtres humains ou la contrefaçon (10 milliards d’euros), suffisent à donner une indication au sujet d’un phénomène si massif et généralisé qu’il tend, observe le document, à « diluer la distinction entre économie légale et économie illégale dans des pans entiers du monde économique ».

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