Le cyberharcèlement raciste d’une crêpière bretonne, le tribunal Facebook et le tourment d’un village « pris en otage »
Ils sont une soixantaine à avoir fait la route depuis les quatre coins de la Bretagne pour se tenir aux côtés de Joëlle Dambo. La crêpière de Gomené (550 habitants, Côtes-d’Armor) a appelé à un nouveau rassemblement « contre le racisme et ses silences complices », ce dimanche 13 septembre. Un visage, une marinière et une lutte que tous suivent depuis des semaines via sa page Facebook, devenue une véritable tribune : 14 000 followers, des milliers de vues et commentaires de soutien de toute la France, des articles par dizaines.
L’histoire commence en juin, lorsque l’artisane, noire de peau, remporte l’émission « Le meilleur de la crêpe » sur France 3, portant haut les couleurs du Gwenn ha du, le drapeau de la Bretagne, devant 3,5 millions de téléspectateurs. Une fierté régionale. La fête est vite gâchée par la vague de commentaires racistes qui déferlent sous le post de l’émission : « Ce n’est pas parce que tu mets une marinière et que tu fais des crêpes que tu es Bretonne ! ! ! L’ADN c’est la base, et ce dans tous les peuples » ; « tu es un singe », « rentre dans ton pays à la nage »… Ad nauseam. Le conseil municipal de Gomené envoie un email de soutien à la commerçante et son conjoint, disant se tenir à leur disposition. Idem de la part du député local Corentin Le Fur (Les Républicains), qui saisit également le procureur de la République.
Clerc d’huissier dans une vie précédente, Joëlle Dambo n’entend pas laisser ces faits impunis : elle porte plainte pour provocation à la haine et à la discrimination raciale et injure publique raciale auprès du Parquet national de lutte contre la haine en ligne (PNLHL). Celui-ci a ouvert une enquête. « Les propos sélectionnés lui dénient sa capacité à représenter la Bretagne en recourant à des propos ou des images injurieuses, la renvoyant à sa couleur de peau et à ses origines supposées, ou appelant à ce qu’elle retourne dans son pays d’origine supposé », indique le parquet de Paris.
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