Le djihadiste Othman Garrido condamné à trente ans de réclusion criminelle pour sa participation à une exécution publique en Syrie
Durant ces sept jours d’audience, deux hommes ont cohabité dans le box des accusés de la cour d’assises spéciale de Paris : Othman Garrido, le détenu modèle, et Othman Garrido, l’accusé. Le premier semble avoir effectué un important travail d’introspection depuis six ans qu’il est en détention ; le second doit se défendre des pires crimes commis par le djihadiste qu’il était, entre ses 18 et ses 26 ans, lorsqu’il combattait dans les rangs du groupe Etat islamique (EI) en Syrie.
Depuis le début de ce procès, les deux faces de cet homme de 32 ans n’ont cessé de se contredire. Posé et réfléchi, le détenu a offert un regard étonnamment lucide sur le jeune homme qu’il était à l’époque de son engagement djihadiste, laissant entrevoir de réelles perspectives d’évolution. Mais dès qu’il était interrogé sur les crimes les plus graves qui lui sont reprochés, l’accusé a peiné à assumer son entière responsabilité, se tenant à distance, comme un étranger, du djihadiste qu’il a été.
Comment juger cet homme ? A l’issue de près de cinq heures de délibéré, la cour d’assises l’a condamné, mardi 22 septembre dans la soirée, à trente ans de réclusion, assortie d’une période de sûreté des deux tiers. Elle l’a reconnu coupable d’association de malfaiteurs terroriste pour avoir rejoint l’EI, et surtout de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste en raison de sa participation à l’exécution publique en Syrie de deux prisonniers, qui avaient été décapités par deux autres djihadistes français, Oumar Diaw et Yacine Rettoun.
Réquisitoire de quatre heures
La juridiction spécialisée en matière de terrorisme l’a en revanche acquitté du crime d’assassinat, pour lequel il encourait également la perpétuité : l’accusation pensait le reconnaître sur une photo de mauvaise qualité, sur laquelle un homme prenait la pose, le visage partiellement masqué par un foulard, les mains ensanglantées, une tête tranchée à ses pieds. La photo, prise en un lieu inconnu, n’était pas datée. Donnant raison à la défense, la cour a estimé qu’il était impossible d’identifier formellement l’accusé, ce qui a contribué à réduire sa condamnation.
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