Le milliardaire Olivier Bouygues condamné à deux ans de prison avec sursis pour destruction d’espèces d’oiseaux protégées
Olivier Bouygues a été condamné, vendredi 23 octobre, à deux ans de prison avec sursis et 750 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel d’Orléans pour destruction d’espèces d’oiseaux protégées sur son domaine de chasse en Sologne. Son avocat, Eric Grassin, a immédiatement annoncé son intention de faire appel.
Jugé au début de septembre avec cinq autres prévenus, parmi lesquels le régisseur et des gardes-chasses de son domaine de Fontenaille, d’une superficie de 650 hectares à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret), Olivier Bouygues a également été condamné au retrait de son permis de chasse pendant trois ans.
« Il n’est pas question d’accepter cette décision », qui n’est « pas définitive », a déclaré M. Grassin à des journalistes. Tous les coprévenus ont aussi été condamnés, vendredi, à des peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis, à des amendes et à des retraits temporaires de leur permis de chasse.
Le tribunal d’Orléans a retenu dans son jugement « l’existence d’un préjudice écologique » dont les six prévenus se sont rendus « entièrement responsables ». A ce titre, il les a condamnés à verser solidairement à neuf associations 40 000 euros chacune, soit un total de 360 000 euros. Environ 70 % de cette somme est à la charge d’Olivier Bouygues.
La « surprise » d’Olivier Bouygues
Avocate de la Fondation 30 millions d’amis, Caroline Lanty a jugé la condamnation « très satisfaisante », estimant que le tribunal avait pris la mesure de « l’atteinte aux animaux, à la nature et à l’écologie en prononçant des peines qui sont proches des réquisitions du parquet ».
Durant l’audience de septembre, la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, avait décrit des méthodes « interdites » et « barbares » employées par les prévenus, dénonçant une atteinte « majeure » à la biodiversité. Le motif des destructions « est connu, assumé par certains : préserver les parties de chasse organisées régulièrement en enlevant les prédateurs du petit gibier », avait fustigé la magistrate, détaillant une « organisation qui perdure » au fil des années avec à sa tête « le même propriétaire ».
Les réquisitions du parquet avaient été jugées « excessives » par l’avocat du milliardaire, qui avait demandé l’annulation de la procédure et critiqué « une construction intellectuelle qui consiste à dire que l’employeur était au courant ».
Olivier Bouygues a toujours contesté toute responsabilité dans cette affaire, évoquant à l’audience sa « surprise » au moment où il a été informé de l’ouverture d’une enquête l’année dernière. « J’ai d’autres chats à fouetter que de gérer au quotidien » les affaires de la propriété, avait-il affirmé à la barre.
Une pratique « ancrée » en Sologne
A la suite d’une dénonciation anonyme, les enquêteurs ont découvert sur le domaine de Fontenaille des « cadavres d’animaux en décomposition avancée », selon un membre de l’Office français de la biodiversité. Les photos d’un charnier, diffusées à l’audience, montraient plusieurs cadavres d’animaux baignant dans leur sang, parmi lesquels des faucons crécerelles, des grandes aigrettes, des busards, des buses variables et des grands cormorans.
M. Bouygues, 76 ans, a martelé n’avoir « jamais vu » ce charnier, tout en reconnaissant en connaître l’existence et préférant parler de « fosse écologique ». Outre les oiseaux, des chats ont aussi été tués.
Les enquêteurs ont retrouvé des armes, une pelleteuse et une centaine de pièges à mâchoires, interdits depuis 1995, ainsi que des documents listant les espèces à éliminer et retraçant les destructions déjà réalisées depuis des années. En contrepartie, des primes d’une centaine d’euros étaient versées.
Selon les déclarations du régisseur du domaine, M. Bouygues « ne voulait pas que ça soit rendu public ». L’un des prévenus a décrit une pratique « ancrée » en Sologne, deuxième massif forestier français et terrain de chasse très prisé des grandes fortunes. Le régisseur du domaine a évoqué des « pratiques ancestrales », balayant toute « destruction » en préférant dire qu’il s’agit d’une « régulation d’espèces qui menacent [le] gibier ou [le] poisson ». Tous les prévenus ont rejeté la responsabilité de l’homme d’affaires dans les destructions.