Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour provocation à la haine raciale en raison de menaces racistes visant des livreurs et chauffeurs sur X
Des propos racistes et des appels à des actes de violences contre des livreurs ou chauffeurs noirs et d’origine arabe, tenus depuis plusieurs semaines par des utilisateurs français de la plateforme X, font l’objet d’une enquête judiciaire et d’une « condamnation ferme » formulée par le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, samedi 31 octobre.
Selon les informations obtenues par l’Agence France-Presse (AFP), mardi, une enquête pour provocation à la haine raciale a été ouverte par le parquet de Paris. Samedi 31 octobre, la cellule d’investigation de Franceinfo a appris que la plateforme Uber avait envoyé des « messages de prévention à tous ses chauffeurs et livreurs », et se disait « profondément choquée ».
Sur X, un salon de discussion ouvert aux utilisateurs, intitulé « L’heure est à l’action face à la violence des islamo-collabos antifas », a été l’espace où ces propos racistes et d’incitation à la violence ont été tenus, au début d’octobre. Dans ce canal vocal, plusieurs intervenants anonymes se succédaient pour déclarer que la France n’était « pas le pays des bougnoules », qu’il allait « falloir tuer beaucoup de monde », et « profiter des prières de rue, [où] ils sont tous réunis ». « Vous commandez des McDonald’s, vous les faites venir dans des zones perdues, et puis vous les faites disparaître », y déclarait l’un des participants.
Dans un communiqué publié sur X, samedi, Jean-Pierre Farandou, le ministre du travail et des solidarités, a évoqué « une recrudescence de messages particulièrement menaçants et à caractère raciste (…) sur les réseaux sociaux envers des livreurs à vélo ». L’ex-président de la SNCF a également appelé « les plateformes numériques à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la sécurité des livreurs, et aux propriétaires de réseaux sociaux à retirer ces contenus contraires à la loi et qui appellent à la haine ».
Investigations en cours
« Appel aux meurtres, incitations à la haine raciale, propos racistes : je saisis immédiatement la procureure de la République de Paris », avait alors écrit sur le même réseau social, dimanche 25 octobre, le député « insoumis » Thomas Portes, élu de la 3e circonscription de la Seine-Saint-Denis.
Sollicité par l’AFP, indépendamment du signalement de M. Portes, le parquet de Paris avait annoncé s’être « saisi des publications évoquées » et avoir confié à la brigade criminelle une enquête concernant ce salon de discussions en direct. Les investigations sont ouvertes pour « provocation publique à la haine ou à la violence, à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».
Il est aussi question de « provocation directe à un acte de terrorisme commise au moyen d’un service de communication au public en ligne » et de « provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre l’un des crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». L’enquête porte enfin sur une « provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre une des atteintes volontaires à la vie ou à l’intégrité de la personne ».
Auprès de Franceinfo, Oumaima Aouad, la coordinatrice de la Maison des coursiers, une structure qui accompagne et accueille les livreurs des plateformes alimentaires, a déclaré que certains se disaient « effrayés » par la situation : « Ces personnes-là travaillent dans des conditions très précaires et difficiles, si en plus de cela elles doivent se méfier à chaque livraison, ça complique énormément la tâche. »