Pourquoi Jorge Camacho (1934-2011) est-il encore aujourd’hui l’un des moins connus des artistes surréalistes ? Une ou deux de ses peintures figurent d’ordinaire dans les commémorations muséales du mouvement, telle celle qui s’est tenue en 2024 au Centre Pompidou. Mais la rétrospective qui le mettrait enfin en lumière n’a toujours pas eu lieu à Paris, bien qu’il y ait passé l’essentiel de sa vie. L’exposition que lui consacre la Galerie 1900-2000 est à la mesure de l’endroit, plutôt petit, mais elle suffit à convaincre, en une dizaine de toiles, de la force et de la singularité de l’œuvre et à rendre sa méconnaissance d’autant plus regrettable.
Celle-ci a deux raisons, l’une historique et l’autre artistique et psychique. L’historique, c’est que Camacho n’appartient pas à la première génération surréaliste, étant né à Cuba en 1934, dix ans après le premier Manifeste d’André Breton. Après être passé par Mexico et avoir exposé à La Havane, en 1955, il arrive à Paris en 1959, grâce à une bourse du nouveau pouvoir cubain. Il expose dans la galerie de Daniel Cordier – alors place forte du mouvement – dès 1960 et fait la connaissance de Breton l’année suivante. Il est donc de la dernière vague du surréalisme. L’histoire de l’art, le marché et les musées n’ont longtemps eu d’yeux et d’intérêt que pour la première, au nom de la chronologie. Celles et ceux qui sont venus plus tard, tels Leonora Carrington, Dorothea Tanning ou Jorge Camacho, ont beaucoup souffert de ce jugement par les dates, et Carrington, par exemple, n’est au premier plan que depuis peu de temps
Il vous reste 62.78% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.