« Les gens sont énervés, il y a beaucoup de colère accumulée » : à Paris, le jour d’après, à l’heure de compter les plaies
Paris s’est réveillée sous un beau soleil d’automne dimanche 18 octobre, au lendemain des débordements qui ont accompagné les manifestations, qui ont semé le chaos, puis l’indignation et l’incompréhension. De bon matin, les joggeurs et les promeneurs ont repris leurs habitudes tout au long des quais de Seine, les bruncheurs ont retrouvé le chemin des terrasses et les touristes le goût de patienter dans une file d’attente devant la Tour Eiffel, le musée du Louvre ou quelques bonnes adresses gourmandes. Un dimanche ordinaire, ou presque, dans une ville toute en contrastes : à l’écart des perches à selfies, Paris a plutôt mauvaise mine. « L’insurrection est là », proclame un slogan tagué place de la Concorde, côté jardin des Tuileries. Ailleurs, le bruit des sirènes continue de retentir et l’atmosphère reste fébrile, comme si tout pouvait très vite repartir.
« On sent que ce n’est pas fini, avance une jeune fille qui stationne avec sa mère aux abords de la place de la République. Avec toutes les vidéos qu’on a vues sur les réseaux sociaux, il y a une curiosité et les gens sont là pour voir ce qu’il va se passer. Cela crée un climat de tension. » Des CRS ont pris position en début d’après-midi. Passé 15 h 30, alors que trois jeunes hommes grimpent sur la statue de la République, un premier mouvement de foule parcourt la place, une détonation et une grenade lacrymogène dispersent les quelques dizaines de personnes présentes. Certains reviendront, pas la jeune femme et sa mère. « Ça m’inquiète », dit la fille. Avant de s’enfuir en courant, elle prend le temps d’affirmer qu’elle « comprend les revendications des manifestants, pas les méthodes des casseurs, qui gâchent tout ».
Partout dans Paris, mais principalement rive droite, nombre d’artères portent encore les stigmates des événements de la veille : des traces de pillages et de saccages plutôt que les habituels graffitis laissés par des manifestants – même s’il en subsiste quelques-uns, tel celui-ci, repéré rue Royale, tout près de l’église de la Madeleine : « J’baiserais la France jusqu’à ce qu’elle m’aime ».
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