« Les stades de football ne peuvent pas être imperméables aux mouvements sociaux »
« Stop aux violences policières disproportionnées et systématiques ! », « Vos milices répriment, notre jeunesse résiste », « Soutien à notre jeunesse » : la première banderole a été déployée au stade Bollaert de Lens, vendredi 9 octobre, la deuxième au Parc des Princes, le lendemain, et la troisième au Stade-Vélodrome de Marseille, six jours plus tard.
Une telle convergence entre des supporteurs de clubs rivaux ne doit pas étonner, s’agissant d’un sujet extra-sportif mais qui les concerne. Le Conseil national de l’éthique et de déontologie (CNE) de la Fédération française de football (FFF) ne s’en est pas moins offusqué.
Dans un communiqué, il appelle les supporteurs à « préserver la neutralité du football face au mouvement lycéen ». Cette formulation suggère qu’avoir des convictions à propos de ce mouvement serait admissible à condition qu’elles soient « neutres ». Bien entendu, c’est toute opinion qui est jugée indésirable.
Fable de l’apolitisme du sport
En France, ces injonctions sont au moins aussi vieilles que la loi Alliot-Marie de 1993, dont certaines dispositions avaient été rapidement détournées de leur objet (interdire les expressions racistes et les incitations à la haine ou à la violence) pour tenter de bannir tout message… critiquant les dirigeants des clubs ou des instances sportives, ou défendant précisément les libertés des supporteurs.
Cependant, l’exhortation à la neutralité politique du sport est plus globale. Le mot d’ordre, très largement partagé, selon lequel il ne faudrait pas le « politiser » avait, par exemple, été repris par les présidents de la FIFA, Gianni Infantino, et de la République française, Emmanuel Macron, à la veille de la Coupe du monde 2022 au Qatar, laquelle était au centre des critiques pour son impact social et environnemental.
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