« Minotaure » d’Andreï Zviaguintsev : dans la gueule d’un monstre invisible
L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER
Il y a d’abord le courage. S’il ne dit rien en soi de la qualité du film, le cran avec lequel Andreï Zviaguintsev traite dans Minotaure des conséquences de l’invasion de l’Ukraine, lancée en février 2022, impressionne. Exilé en France, le cinéaste russe n’a pas renoncé à parler de manière frontale de ce qui se passe dans son pays. Et à montrer la déroute morale d’une société que le régime de Vladimir Poutine tente de cacher par la censure. Dans Minotaure, Grand Prix du jury lors du dernier Festival de Cannes, la guerre s’infiltre peu à peu dans la fiction jusqu’à occuper progressivement le cœur du récit.
Il y a pour commencer quelques signes visibles dans les rues, une lettre « Z » sur une voiture, symbole de soutien à l’action du Kremlin, des affiches appelant à la mobilisation, et des vidéos que regardent au bureau les employés de Gleb (Dmitri Mazourov), chef d’entreprise à la tête d’une société de logistique. Des images de guerre provoquant un fort émoi chez certains des cadres, mais aussi des images d’exil, à travers ces longues files de véhicules roulant vers la frontière géorgienne. On estime que depuis le début de l’attaque russe, au moins 600 000 personnes ont quitté le pays. Plusieurs des salariés de Gleb ont franchi le pas, quand d’autres hésitent encore, le moral des équipes devenant un véritable sujet d’inquiétude.
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