Mobilisation lycéenne et étudiante : « Il faut reprendre le travail », exhorte le ministre de l’enseignement supérieur
« Le travail doit reprendre lundi », a exhorté, mardi 27 octobre, le ministre de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, interrogé sur France 2 au lendemain d’annonces du gouvernement qui n’ont pas convaincu les organisations lycéennes et étudiantes. Ces dernières ont appelé à poursuivre la mobilisation.
« On a effectivement un droit à manifester, un droit à ne pas être d’accord (…) mais le droit au blocage n’existe pas (…) et je pense qu’il y a un droit à étudier », a-t-il affirmé. « Le travail doit reprendre lundi et les discussions avec les organisations syndicales, avec les organisations représentatives des étudiants et des lycéens » doivent « continuer ».
« On a des lycéens qui sont arrivés à l’université il y a quelques mois, ils ont eu quatre semaines de cours et tout s’est arrêté : c’est pas possible, a-t-il encore déclaré. Il faut reprendre le travail. Ça ne veut pas dire que les négociations doivent s’arrêter là. »
Des mesures gouvernementales contestées
La plateforme d’orientation post-bac Parcoursup remplacée en 2028, après une « évolution forte » vers plus de transparence l’an prochain, pas plus de 28 élèves en classe de seconde, la refonte des emplois du temps… Le gouvernement a dévoilé lundi plusieurs mesures pour tenter d’éteindre la contestation lycéenne, dont la création de 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur, principalement en Ile-de-France.
« Ce n’est pas un investissement massif de l’Etat comme ce qui est nécessaire, urgent et demandé », a regretté mardi matin Suzanne Nijdam, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), première organisation étudiante, sur France Inter, pour qui « la question de la sélection touche toutes les filières et toutes les régions. Et on nous parle d’agir uniquement en Ile-de-France et d’agir uniquement sur deux filières, en BTS et en IUT », a-t-elle poursuivi. « Rien n’est prévu de manière stratégique, pluriannuelle, pour aller vers 250 000 places » supplémentaires, comme demandé par les organisations étudiantes, a-t-elle estimé.
La députée (Val-de-Marne, La France insoumise, LFI) Clémence Guetté, a dénoncé pour sa part des annonces « parfaitement insuffisantes » pour répondre à la colère des lycéens et étudiants. Invitée de Franceinfo ce matin, l’élue a vivement critiqué les mesures annoncées par le gouvernement pour répondre à la mobilisation lycéenne et étudiante. Elle a notamment estimé que la réforme de Parcoursup revenait à un simple « changement de nom », ce qui n’est « pas une bonne nouvelle ».
Pour Philippe Baptiste, au contraire, les lycéens vont avoir dès « janvier une plateforme qui sera différente de celle de l’année dernière : plus claire, plus simple ». Il vante notamment une « transparence plus forte sur la manière dont chaque jury identifie les lauréats » et l’ajout d’une « explication du refus » d’un souhait présenté par le candidat. « Ce ne sera pas une suppression de Parcoursup, mais une transformation profonde de la plateforme », a-t-il encore dit, écartant pour cette année la suppression de la mention du lycée d’origine, évoquant notamment le besoin d’« indicateurs anonymisés ».
« Il y a beaucoup de sujets qui sont angoissants pour la jeunesse d’aujourd’hui. Il ne faudrait pas que Parcoursup vienne en quelque sorte concentrer des angoisses qui en fait ne sont pas dues à Parcoursup », a estimé pour sa part Jean-Michel Blanquer, ex-ministre de l’éducation nationale à l’origine de la réforme.
« Un point de départ »
La députée LFI a également jugé insuffisantes les 15 000 places supplémentaires annoncées dans l’enseignement supérieur et la revalorisation des bourses, regrettant l’absence de mesures sur la démocratie lycéenne. Selon elle, il faudrait créer 250 000 places supplémentaires dans les filières demandées par les étudiants, ainsi que rénover et construire des universités, « pour un coût estimé à 5 milliards d’euros », selon une étude qu’elle a citée. Elle a rappelé que LFI avait déposé dix amendements budgétaires correspondant aux dix revendications des lycéens, pour un montant total de 10 milliards d’euros, équivalent, selon elle, aux recettes attendues du rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune.
Les propositions formulées par le gouvernement, selon Philippe Baptiste, « servent de point de départ » à la poursuite des négociations. Les organisations syndicales des personnels de l’éducation seront par ailleurs reçues ce mardi matin par le ministre de l’éducation, Edouard Geffray. « Les lycéens, les étudiants, les syndicats, les professeurs doivent prendre part au travail qui sera fait, il faut qu’ils aient leur mot à dire », a réagi mardi sur France Inter, Anaïs Ella, porte-parole de l’organisation Les Lycéens !.
L’intersyndicale jeunesse (FAGE, Union étudiante, UNEF et Union syndicale lycéenne) et les organisations Les Lycéens ! et Renouveau lycéen ont appelé lundi à poursuivre la mobilisation malgré les annonces du gouvernement. Clémence Guetté a elle aussi défendu la poursuite de la mobilisation, accusant le gouvernement d’avoir privilégié « le pourrissement, la diabolisation de LFI et la répression » plutôt que de répondre aux revendications.
« La solution ne peut être que sécuritaire, mais elle est d’abord sécuritaire », a déclaré ce matin Laurent Nuñez sur RTL au sujet des manifestations annoncées et à venir. « On sera prêts », a-t-il conclu.