Mobilisation lycéenne : les questions soulevées par deux semaines d’interventions policières
« Trop jeune pour être écouté, mais assez grand pour se faire gazer », « des moyens pas des moignons », « la police nous prothèse »… Au cœur des manifestations organisées le mardi 6 octobre à travers le pays, rassemblant lycéens, étudiants et syndicats, slogans et pancartes dénonçant l’action policière se sont frayé une place de choix aux côtés des revendications lycéennes, au point de devenir un moteur à part entière de la mobilisation.
Les vidéos d’interventions musclées des forces de l’ordre et les images d’adolescents blessés, virales sur les réseaux sociaux depuis le début du mouvement, ont affermi la détermination des élèves déjà engagés sur les blocages, mais aussi rallié de nouveaux profils de jeunes, ainsi que de nombreux adultes « indignés », voire « révoltés » par la répression de ce mouvement d’adolescents.
Entre le 28 septembre et le 5 octobre, les forces de sécurité affirment avoir procédé à 6 059 interpellations, qui ont mené à 5 060 gardes à vue, dont 87 % de mineurs, selon la chancellerie. Ces chiffres sont inédits. Rien que le jeudi 1er octobre, le ministère de l’intérieur annonçait que 1 949 personnes interpellées. Soit plus que la journée record du mouvement des « gilets jaunes », le 8 décembre 2018, au cours de laquelle avaient eu lieu 1 723 interpellations, notamment préventives.
Ce choix politique d’apporter une forte réponse policière s’est traduit aussi par de graves blessures. A Lens, le 5 octobre, un élève de 2de, âgé de 15 ans, a eu la main totalement arrachée par une grenade assourdissante, d’un modèle dont l’utilisation a été suspendue temporairement depuis. Le 30 septembre, un lycéen de 16 ans a été éborgné et a perdu l’usage de son œil, la blessure étant jugée compatible avec un tir de lanceur de balles de défense, selon la procureure de la République Catherine Sorita-Minard. Deux jours plus tôt, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), Eden, 14 ans, a eu la mâchoire doublement fracturée, après un tir à bout portant de lance-grenades Cougar. D’autres blessures de gravités diverses ont depuis été recensées, et, au 7 octobre, l’inspection générale de la police nationale s’était vu confier 18 enquêtes, selon le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez.
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