Le stock de cinquante pipes à crack a été écoulé en à peine 500 mètres. Comme chaque matin de maraude, Julien Poireau a pourtant chargé son sac à dos « à bloc » pour affronter la demande. Cinq dizaines de « pipeaux », comme il nomme les tuyaux en verre avec embouts en plastique servant à inhaler la drogue, des seringues neuves pour les « injecteurs », des capsules de bicarbonate – moins toxique que l’ammoniaque, majoritairement utilisée par les usagers marseillais pour préparer leur crack –, etc.
Autant de matériel de réduction des risques à distribuer à une population dont le nombre explose depuis quelques mois autour de la gare Saint-Charles de Marseille et dans le quartier du Chapitre (1er arrondissement). Vingt minutes après le début de la tournée, le sac est vide. Et Julien Poireau, 53 ans, dont seize de travail de rue avec l’association Nouvelle Aube, qu’il a cofondée, désabusé. « On vit une accélération qu’on n’avait jamais connue et, à part du matériel neuf, on n’a pas grand-chose à proposer », constate-t-il.
Selon le premier diagnostic réalisé par les structures locales d’aide aux usagers de drogue, près de 200 personnes consomment du crack en pleine rue à Marseille. « Si l’on intègre les situations de mal-logement et d’habitat instable, on monte à environ 500 personnes », complète Marianne Poisson, coordinatrice du dispositif Tempo, un collectif créé par les associations venant en aide aux personnes atteintes d’addiction.
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