Philippe Decouflé au défi d’adapter « La Fin des temps », de l’écrivain Murakami
Comment mettre en scène l’espace mental d’un homme qui remonte ses cuticules avec un trombone, le dépose dans un cendrier et se dit qu’il n’aimerait pas se réincarner en trombone ? De quelle manière incarner son obsession pour un bon canapé raccord avec un bon livre et une bonne musique ? Quel stratagème inventer pour faire surgir des couloirs labyrinthiques qui se recoupent les uns les autres comme dans un tableau de M. C. Escher ?
La lecture des presque 700 pages du roman best-seller La Fin des temps, d’Haruki Murakami, suspend l’imaginaire dans une bulle intensément bizarre. Edité en français chez Seuil en 1992, sept ans après sa sortie au Japon, traduit en 25 langues, ce récit instable, au carrefour de deux mondes parallèles comme les aime l’écrivain, fait tanguer la logique. On y croise un informaticien au cœur d’une cyberguérilla, un vieux professeur et sa petite-fille, Pink, un liseur de rêves qui a perdu son ombre, des licornes, une bibliothécaire…
A première vue impossible, à moins de se piquer d’un furieux délire d’adapter pour le théâtre cette œuvre aux sidérantes ramifications. Témérité ou folie, c’est pourtant ce qu’a osé le chorégraphe Philippe Decouflé. Sur une commande de la production japonaise Horipro Inc., l’artiste, repéré depuis les années 1980, a extrait deux heures trente de spectacle de cette saga complexe qui, paradoxalement, irradie par la transparence de son écriture. De Tokyo, où il a créé la pièce en janvier avec un casting d’acteurs-danseurs et musiciens japonais, en passant par Londres, où la pièce était à l’affiche du 8 au 11 octobre, au Barbican, Philippe Decouflé vient du 16 au 21 octobre, au Théâtre du Châtelet, à Paris.
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