Pour Marine Atlan, réalisatrice, qui « comprend la colère des lycéens », « “La Gradiva” parle de la méritocratie, des inégalités du système »
Elle a gardé chez elle le cliché de sa première photo tirée à la chambre noire quand elle avait 12 ans. On y voit le soleil à travers des feuillages. « C’est une photo un peu spectrale. Après, ça a beaucoup été des visages », confie Marine Atlan, quand on la rencontre à Paris, avant la sortie de son premier long-métrage, La Gradiva, récit choral d’un voyage scolaire de Naples à Pompéi, en Italie. La réalisatrice de 36 ans, qui a grandi à Bagneux (Hauts-de-Seine), se souvient avoir aimé dans la photo argentique cette temporalité décalée. La position d’observatrice, la magie de la révélation, ensuite. Ses parents – un père professeur de mathématiques, une mère institutrice spécialisée pour des enfants handicapés – ont beau la pousser à faire de la musique comme ses deux frères aînés, elle se sent mal à l’aise avec le côté direct, la performance.
Depuis l’accueil enthousiaste fait à La Gradiva à Cannes, où le film a remporté le Grand Prix AMI Paris de la Semaine de la critique, Marine Atlan se retrouve dans une lumière qu’elle a longtemps fuie. De ses premières années, elle retient d’ailleurs l’idée de la « fugue ». « Courir, partir, essayer de sortir des espaces organisés de l’enfance, avec aussi une grande part de solitude. » La famille de son père, d’origine tunisienne, lui fait toucher du doigt la déchirure de l’exil. Du côté maternel, sa grand-mère était partie vivre dans les années 1960 quelque temps à Tahiti. Autant de hors champs qui alimentent l’imaginaire d’un « paradis perdu ».
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