Présidentielle 2027 : le cinéma français appelle les candidats à protéger son modèle, notamment face aux menaces de l’extrême droite
A quelques mois de l’élection présidentielle, quatre organisations majeures du cinéma français ont appelé, mercredi 4 novembre, les candidats à faire du septième art une « priorité stratégique », sur fond d’inquiétudes suscitées notamment par les critiques du Rassemblement national (RN) envers le secteur.
« Le cinéma français doit être reconnu comme un actif stratégique pour la France », exhortent, dans un manifeste envoyé à l’Agence France-Presse (AFP), ces organisations représentant les scénaristes, producteurs et réalisateurs parmi les plus influentes du pays. Elles appellent à défendre le modèle du cinéma français, qu’elles estiment menacé par une « bataille idéologique ».
« Il y a un risque que l’extrême droite pointe son nez plus que d’habitude, avec une violence à l’égard de l’industrie du cinéma qu’on n’avait jamais connue », a déclaré à l’AFP le réalisateur Pierre Jolivet, vice-président de la société civile des Auteurs réalisateurs producteurs (ARP), l’un des quatre signataires.
Le CNC dans la ligne de mire du RN
La remise en cause par le RN du fonctionnement du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et la volonté de privatiser l’audiovisuel public, couplées à une indifférence des autres candidats à la présidentielle, inquiètent le cinéaste. « La culture, et le cinéma en particulier, ont complètement disparu des débats politiques », regrette-t-il.
Au débutdu mois de septembre, pourtant, Emmanuel Macron a organisé un sommet réunissant le gotha du cinéma mondial dans le sud de la France pour protéger le septième art face aux menaces de l’intelligence artificielle ou des plateformes. « Mais trois semaines plus tard on s’est pris le mur dans la figure », poursuit Pierre Jolivet, qui dénonce notamment le relèvement de la TVA de Canal+ dans le projet de budget 2027 – que les députés ont finalement rejeté –, et la baisse de dotation de France Télévisions.
Ces deux mesures frappent au portefeuille les deux principaux financeurs du cinéma français et ont poussé plus de 170 cinéastes de renom, dont les frères Dardenne, Jacques Audiard ou Justine Triet, à signer une tribune à la mi-octobre pour alerter sur le risque d’affaiblissement de leur industrie, la plus dynamique en Europe.
Le manifeste, également signé par le Syndicat de la production indépendante, la Société des réalisatrices et réalisateurs de films et l’Union des producteurs de cinéma, propose 12 engagements pour défendre le modèle culturel français.
Garantir la « souveraineté culturelle française »
Le premier point insiste sur la nécessité d’inscrire « la souveraineté culturelle française et européenne » dans la Constitution. Cela garantirait la protection de l’exception culturelle française, insistent les signataires, tout en assurant « la garantie d’un service public audiovisuel indépendant » dont le financement serait « pérenne, indépendant et à la hauteur de ses missions ».
Autre priorité : sanctuariser les ressources du CNC, qui reposent sur plusieurs taxes affectées sur les billets de cinéma ou encore sur les plateformes de streaming opérant en France. Le CNC redistribue ensuite ces ressources au profit de la création, principalement cinématographique. Le manifeste propose de réserver ces aides à des sociétés à majorité françaises ou européennes, ce qui n’est actuellement pas le cas.
« S’il y a bien un sujet sur lequel tous les partis pourraient être d’accord, c’est que le cinéma, la culture, ne puissent pas être rachetés par des Américains ou des Chinois », assure le président de l’ARP, Jérôme Enrico, qui appelle à protéger la culture française des lois du marché et de la domination des groupes étrangers.
Pour les signataires, il est urgent de « pérenniser le système de l’intermittence » et « renforcer la chronologie des médias », qui permet aux films d’être découverts au cinéma avant la télévision ou les plateformes payantes.
« On fait le plus grand nombre d’entrées en Europe et on a 40 % des spectateurs qui vont voir des films français, ce qui est unique en Europe », défend Pierre Jolivet. D’après lui, le cinéma est « une industrie de prototype » et il convient de financer des films qui ne marchent pas pour produire des succès commerciaux. « Aux Etats-Unis, ils font 1 500 films par an, il y en a 300 qui marchent. C’est pareil partout », affirme-t-il. Les signataires du manifeste prévoient de lancer en début d’année prochaine une campagne de quatre courts-métrages diffusés dans les cinémas.