Les partenaires sociaux ont décidé mercredi de revaloriser de 1,4 % les pensions complémentaires du privé (Agirc-Arrco) en 2027, après un gel en 2026 faute d’accord. Les trois organisations patronales, ainsi que la CFDT, la CFTC et FO, ont voté pour cette hausse, tandis que la CGT s’y est opposée et que la CFE-CGC a quitté les discussions. Selon les règles du régime, qui concerne 14 millions de retraités, la revalorisation devait être comprise entre 1,2 % et 1,9 %.
« Nous avons montré que le paritarisme de gestion était à l’œuvre, qu’on était capable de dialoguer de façon respectueuse pour trouver un consensus » et d’avoir « une gestion responsable qui préserve l’avenir », s’est félicitée Diane Milleron-Deperrois, représentante du Medef.
« On aurait aimé une revalorisation plus importante (…) mais on a agi en responsabilité pour revaloriser les pensions des retraités avec une augmentation certaine et immédiate », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Fabien Guimbretière, secrétaire national de la CFDT.
Le patronat était « complètement fermé à aller au-delà », mais « on ne pouvait pas se permettre de ne pas revaloriser », a renchéri Séverine Privat, secrétaire confédérale FO chargée des retraites.
Compromis dénoncé par la CGT et la CFE-CGC
« C’est clairement un vote qui n’est pas du tout acceptable, qui est scandaleux, alors qu’on avait les moyens de revaloriser les retraites au maximum envisagé à 1,9 % », a critiqué Denis Gravouil, négociateur de la CGT, dénonçant une « volonté de punir les retraités » de la part d’un patronat qui « joue avec le feu ». « L’accord national interprofessionnel de 2023 n’a pas été respecté », a estimé auprès de l’AFP Christelle Thieffinne, présidente de la CFE-CGC.
Pour « mettre la pression » sur les négociateurs, entre 200 et 300 retraités avaient manifesté à la mi-journée place de la Bastille, à Paris, à l’appel notamment de la CGT, de la FSU et de Solidaires. D’autres rassemblements ont eu lieu en France pour réclamer une hausse « au maximum », alors que le gouvernement envisage de geler les pensions de base.
« Il faut que les retraités puissent vivre dignement. Cette revalorisation n’est pas un luxe, quand on voit ce que coûte un loyer, les courses qui augmentent, les charges… Nous n’avons pas en France uniquement des retraités propriétaires avec une retraite énorme », a plaidé Pauline Laby-Leclercq, secrétaire régionale de l’UNSA, lors de la manifestation parisienne.
« Quand vous avez eu zéro en 2025 » et que le gouvernement prévoit d’économiser 5,5 milliards d’euros sur les retraites « en gelant ou sous-indexant les pensions de base » en 2027 pour ceux percevant plus de 1 260 euros, une hausse inférieure à l’inflation serait « inacceptable », a également estimé Cathy Tran-Phung-Co, secrétaire générale de l’UCR-CGT.
Géré par les représentants des salariés et des employeurs, l’Agirc-Arrco fixe chaque année l’évolution des pensions complémentaires en fonction des prévisions d’inflation et de la conjoncture économique. Ces pensions représentent une part variable de la retraite totale, de l’ordre de 30 % pour les bas salaires à 60 % pour les cadres. Elles sont revalorisées au 1er novembre, contrairement aux pensions de base, ajustées en janvier.
Après l’échec des négociations de l’an dernier, sur fond de tensions liées à la suspension de la réforme des retraites, les partenaires sociaux avaient multiplié les échanges depuis la fin de l’été pour tenter de restaurer la confiance dans leur capacité à gérer le régime.
Disposant de plus de 90 milliards d’euros de réserves, l’Agirc-Arrco est régulièrement présenté comme un modèle de gestion paritaire. Ses règles de pilotage devront être renégociées à l’automne 2027 pour garantir son équilibre à long terme. Mais « le paritarisme ne sort pas grandi » de cette revalorisation limitée à 1,4 %, a averti Léonard Guillemot, de la CFTC, pourtant favorable à l’accord. « L’intransigeance du Medef version 2026 est très inquiétante pour le futur », a-t-il ajouté.