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Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon : « Grâce à l’Europe, grâce à la démocratie, quelle chance j’ai eue ! »

· Culture

La 80e édition du Festival d’Avignon se déroulera du 4 au 25 juillet avec, à sa tête, Tiago Rodrigues. Depuis 2022, le dramaturge et metteur en scène portugais est le premier artiste étranger à diriger la plus célèbre manifestation de spectacle vivant. A 49 ans, cet ancien directeur du Théâtre national de Lisbonne, qui s’est fait connaître en France en 2014 grâce à sa pièce By Heart, est devenu une figure majeure de la scène européenne.

Je ne serais pas arrivé là si…

… Si, en 1967, mon père, après avoir veillé le corps rapatrié au Portugal de son frère, mort en Angola lors de la guerre coloniale, n’avait pas décidé de déserter. Persécuté par la police politique, il a, comme on dit au Portugal, « fait le saut », franchi la frontière de façon clandestine puis traversé l’Espagne avant d’arriver en France, à Paris, comme exilé politique. Il est revenu au Portugal juste avant la fin de la dictature, quand l’amnistie pour les déserteurs a été décidée.

Mais en 1967 vous n’étiez pas né ! Pourquoi l’histoire de votre père est-elle si importante ?

Pour deux raisons. D’abord, c’est grâce à son retour au Portugal qu’il rencontre ma mère. Ils avaient été élèves dans le même lycée. Arrivé à la frontière entre l’Espagne et le Portugal, il est à pied, a très peu d’argent et a besoin que quelqu’un vienne le récupérer. Se souvenant qu’elle n’habite pas loin, il l’appelle. Ce voyage en voiture a formé le couple qui, six ans plus tard, me donnera naissance.

Ensuite, grâce à mon père, j’ai été nourri très jeune de littérature française. Dans les étagères de la maison qui étaient à hauteur d’enfant, on trouvait Emile Zola, Gustave Flaubert, Simone de Beauvoir, André Malraux, Albert Camus, dont mon père était fou. J’ai lu très tôt des livres que je ne comprenais pas tout à fait, mais qui m’ont beaucoup influencé, comme Madame Bovary, le Don Quichotte de Cervantès, les romans de Gabriel Garcia Marquez, ou encore les poèmes de Rimbaud qui m’ont, adolescent, poursuivi dans mes rêves et mes cauchemars.

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