De l’art de mettre en scène Ruy Blas, de Victor Hugo, en faisant tout entendre de l’auteur, ses nuances et ses excès, son humour et son humanité, la modernité d’une forme qui associe la farce au drame, enfin l’actualité sidérante du propos : l’admirable représentation que signe Julie Duclos à la Comédie Française inscrit cette pièce écrite en 1838 au cœur d’un XXIe siècle fissuré de part en part, sur les plans intime, social, politique ou géopolitique.
L’intelligence fait des étincelles : la metteuse en scène magnifie la langue de l’auteur, propulse les acteurs de la troupe à un rare niveau d’excellence et transforme une fiction située dans l’Espagne de 1699 en une analyse opportune et lucide de sociétés contemporaines tragiquement clivées. Avec ce spectacle essentiel, Julie Duclos entre en beauté dans l’histoire de la Comédie Française.
Dans une scénographie épurée, un palais carcéral de ciment brut et de boiseries sombres, le machiavélisme et l’innocence se heurtent avec le fracas larvé des guerres pliées d’avance. Don Salluste (Thierry Hancisse, impeccable de cynisme), émanation d’un patriarcat conservateur, manipule son valet Ruy Blas (Stéphane Varupenne) pour se venger, à travers lui, d’avoir été banni par la reine d’Espagne (Morgane Real). Il fait endosser au laquais (fou amoureux de la dame) l’identité de Don César, un noble fauché qui préfère la bohème aux privilèges de l’aristocratie (et un rôle taillé sur mesure pour l’acteur Sébastien Pouderoux, ici à son meilleur).
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