Voice of Freedom Повна версія

Une Russe à Paris

· War chronicles

La victoire

Un pétard siffle juste devant mon nez avant d’exploser, puis une foule de jeunes surexcités passe tout près de moi. Tout près aussi, quelque chose claque, un feu de Bengale. Odeur âcre de la fumée. A une centaine de mètres se consume une voiture renversée. Le square d’en face grouille de monde, les gens courent dans tous les sens, crient et lancent des objets. Je suis protégée par la grille du parking et je dois me décider à en sortir ou pas. Mon instinct de conservation me crie : ne bouge pas ! Mais je n’ai pas le choix : il est bientôt 23 heures, et les troubles ne font que commencer. Pour rentrer chez moi, je dois traverser tout un espace d’affrontements entre le Parc des Princes et la porte de Saint-Cloud investi par la foule et la police. Si je dois y aller, c’est maintenant. J’inspire profondément et je sors.

J’ai la malchance de me trouver dans l’épicentre d’une célébration : la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions de football. La dernière fois que je fus témoin d’une telle folie urbaine, c’est en 1993, chez moi, à Moscou. J’ai alors 16 ans. Des barricades sont dressées dans le centre de la capitale durant le conflit entre le président Eltsine et le Congrès des députés du peuple. L’armée intervient, des balles sont tirées, le Parlement est en feu. On raconte qu’une femme qui s’est approchée de sa fenêtre a été tuée par une balle perdue. Ce traumatisme résonne avec ma situation actuelle : journaliste russe, j’ai dû fuir mon pays depuis que le régime de Poutine m’a collé le statut d’« agente de l’étranger ». Et, depuis mes 16 ans, je n’oublie pas la leçon : dès qu’il y a du désordre dans la rue, mieux vaut se mettre à l’abri.

Il vous reste 82.85% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.