« Un dicton marin dit que débaptiser un navire porte malheur. » C’est en ces termes qu’un professionnel du cinéma, désireux de préserver son anonymat, commente la décision du maire Steve Fortel, élu en mars, à Elne (Pyrénées-Orientales), sous l’étiquette « divers extrême droite », de renommer le cinéma René-Vautier. Jugeant trop « politique » la référence au cinéaste et militant anticolonialiste (1928-2015), membre du Front de libération nationale (FLN), fondé en 1954 pour obtenir l’indépendance de l’Algérie, le nouveau maire, né en 1983, lui a préféré une appellation qu’il qualifie de « neutre » : La Bobine illibérienne, du nom des habitants de cette commune de quelque 9 500 âmes. Ajoutons que Steve Fortel, sitôt en place, a fait repeindre en blanc le passage piéton qui arborait les couleurs gay friendly.
La décision de rebaptiser le cinéma a été actée, mardi 22 septembre, lors d’un conseil municipal tendu. C’est bien l’appartenance de René Vautier au FLN qui a crispé le maire, lequel a lâché, devant les élus de l’opposition : « Si, demain, je dois retirer d’autres noms de rues, ou d’endroits, de personnes qui ont soutenu le FLN, je le ferai. » « Donc c’est bien une décision idéologique », a réagi Roland Castanier, ancien adjoint au maire communiste Nicolas Garcia, lequel a officié durant dix-neuf ans (de 2001 à 2014, puis de 2020 à 2026). Contacté, Steve Fortel n’a pas souhaité répondre à nos questions.
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