La Ville de Paris a décidé, mercredi 7 octobre, de déléguer à Louis Vuitton le réaménagement de deux rues au pied de son futur grand magasin des Champs-Elysées, soulevant la polémique au Conseil de Paris où des élus ont dénoncé une « privatisation de l’espace public ».
Louis Vuitton, filiale du géant du luxe LVMH, avait proposé à la Ville d’assurer entièrement à ses frais, pour un montant de 2 millions d’euros, les travaux de réhabilitation des rues Bassano et Galilée (8e arrondissement), adjacentes au futur établissement du malletier. En vue « d’apaiser » ces rues « au bénéfice de piétons », « les trottoirs seront étendus avec l’installation d’arceaux vélo et bacs plantés », selon la délibération adoptée en Conseil de Paris.
« Louis Vuitton a une emprise de chantier qui déborde très largement sur ces rues. Par conséquent, il a l’obligation de remettre en l’état l’espace public à l’issue des travaux », a expliqué Thomas Chevandier, adjoint au maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, chargé de l’espace public et des travaux.
« Aller chercher 2 millions de plus pour financer une rue aux écoles »
Mais c’est le transfert de la maîtrise d’ouvrage à Louis Vuitton qui a fait débat dans l’hémicycle parisien, y compris chez les écologistes de la majorité. « Face à l’état des finances municipales, voir un acteur privé investir une telle somme pour embellir notre voirie est une bouffée d’oxygène. Mais en confiant au privé la conduite totale des travaux, la Ville se met en retrait de son propre domaine », a regretté Catherine Lécuyer, maire LR du 8e arrondissement.
« Aujourd’hui ce sont les rues Bassano et Galilée, et demain ? Quelle est la doctrine de la Ville en matière de financement de l’espace public ? », a demandé Séverine de Compreignac, du groupe Paris au centre.
LVMH « ne va pas juste faire des travaux, il va concevoir la rue, repenser l’espace public pour sa clientèle », redoute Emile Meunier, coprésident du groupe de La France insoumise (LFI). « Vous continuez d’ouvrir une porte dangereuse à la privatisation de l’espace public », a lancé au maire M. Meunier.
Jugeant le débat « ubuesque », Emmanuel Grégoire a répondu « assumer totalement » sa démarche. « Dans le moment un peu exigeant pour les finances publiques qui pèsent sur tout le monde, chaque fois qu’il me sera donné l’occasion d’appeler à contribution ceux qui le peuvent parce que Paris contribue à leur rayonnement, je prendrai leur argent pour aller financer dans les quartiers où personne ne le fera », a-t-il plaidé.
« Si ça nous permet d’aller chercher 2 millions de plus pour financer une rue aux écoles, je me félicite de l’avoir fait ! », a ajouté l’édile socialiste.