Une traversée de trois jours à bord d’un boutre parti de Zanzibar (Tanzanie) ; le transbordement en mer de 74 passagers dans des « kwassa-kwassa » (de petits canots) pour terminer le périple vers Mayotte ; une répartition des rôles entre « armateur », recruteur, commandant, pilote et membres d’équipage… Un procès devant le tribunal judiciaire de Mamoudzou, le mardi 27 octobre, a dévoilé l’articulation d’une filière organisée de passeurs entre la Tanzanie, les Comores et Mayotte.
Les migrants du continent africain, interpellés en mer aux côtés des passeurs, espéraient rejoindre Mayotte et la France afin de déposer une demande d’asile. Parmi eux, des ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) fuyant la guerre et les persécutions des milices, ainsi que des Rwandais et Burundais. La traversée leur a coûté entre 700 et 2 500 dollars (entre 630 et 2 200 euros).
A l’issue de l’audience, l’équipage tanzanien du boutre et les pilotes comoriens de kwassa-kwassa ont été condamnés à des peines comprises entre trois et huit ans de prison avec interdiction définitive du territoire français et maintien en détention pour « aide à l’entrée et au séjour irréguliers d’étrangers dans des circonstances ayant exposé directement les passagers à un risque immédiat de mort ». Ces peines, « dont la fermeté est à la mesure de la gravité des faits, sanctionnent l’exploitation de personnes vulnérables et leur mise en danger délibéré », indiquent le parquet général de La Réunion et le parquet de Mamoudzou, en parlant d’une « organisation criminelle structurée ».
Surveillance en mer
Ce procès est l’aboutissement d’une vaste opération de surveillance en mer, baptisée « Requin » et lancée par le gouvernement début 2025, destinée à lutter, dans le canal du Mozambique, contre cette nouvelle route migratoire vers Mayotte venue du continent africain, qui s’ajoute aux flux continus de personnes sans papiers venus des Comores voisines.
L’enquête a démarré dans la nuit du 4 au 5 mars 2025, avec l’interception par une frégate de la Marine française du boutre. Puis, la nuit suivante, deux kwassa-kwassa ont été arraisonnés à une vingtaine de milles nautiques au sud-ouest des côtes mahoraises. Soixante-quatorze passagers, dont d’une vingtaine d’enfants, se trouvaient dans ces barques effilées et rapides, sans aucun équipement de secours, à commencer par des gilets de sauvetage.
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