Dans sa main, il tient un mince rouleau de scotch. Propriétaire depuis douze ans d’un salon de coiffure situé au 10, boulevard Magenta à Paris, Monsieur Malaine s’accroche à ce dérisoire rempart adhésif qu’il prévoit d’installer sur sa porte d’entrée. « Il faut bien que je protège ma boutique pour la nuit », tente-t-il devant sa vitrine éventrée. A ses côtés, son épouse, la gérante, pleure au milieu des magazines piétinés, des fauteuils renversés et des miroirs éclatés. « Ils ont tout pris, le maquillage, les machines à café, et même la caisse. Je ne comprends pas, on y est pour rien nous dans tout ça », poursuit son mari, sidéré par ces jeunes vêtus et cagoulés de noir qui ont ravagé son commerce, samedi 17 octobre, vers 18 heures, en marge du rassemblement organisé dans la capitale, « avec des marteaux plus gros que ma tête », rajoute son épouse.
La place de la République et ses avenues afférentes ont été l’épicentre parisien de violences urbaines impressionnantes, aux conséquences matérielles et humaines importantes. Déambuler, dans la nuit de samedi à dimanche, dans les décombres de cette crise impose d’avoir les pieds dans le vin, le gel douche, le bain de bouche, le ketchup, les frites, la glace, les vitres, les cendres, les carcasses de grenades et les dosettes de sérum physiologique. La tête dans les volutes d’incendie, ou dans les gazeuses de la BAC qui tentent d’endiguer les pillages en cours jusque tard dans la nuit.
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